A la faveur de deux décrets et trois arrêtés publiés début août, plusieurs professions de santé ont vu leurs compétences élargies en matière d’administration et de prescription de vaccins.

A l’instar des pharmaciens, les infirmiers pourront notamment prescrire l’ensemble des vaccins du calendrier vaccinal dès l’âge de onze ans… à l’exception des vaccins vivants atténués chez les personnes immunodéprimées… qu’ils pourront toutefois administrer*. A noter : ils pourront aussi prescrire et administrer les vaccins contre la grippe saisonnière aux onze ans et plus, ciblées ou non par les recommandations vaccinales.

Pour ce faire, les infirmiers volontaires devront déclarer leur activité d’administration ou de prescription de vaccins auprès de leur ordre professionnel. S’ils n’ont pas suivi d’enseignement sur la prescription dans le cadre de leur formation initiale, ils devront accompagner leur déclaration d’une attestation de formation délivrée par un organisme ou une structure de formation respectant les « objectifs pédagogiques » fixés. Equipements et locaux adaptés, espace de confidentialité pour mener l’entretien préalable, point d’eau pour le lavage des mains, enceinte réfrigérée, élimination des déchets, traçabilité des vaccinations… Plusieurs conditions techniques leur seront également imposées. Prévu par la LFSS 2023, cette mesure de santé publique doit permettre d’élargir la couverture vaccinale des Français.

(*) Les infirmiers pourront administrer tous les vaccins inscrits dans le calendrier vaccinal chez les onze ans et plus.


Photo : Philippe Chagnon / Cocktail Santé

Les assistants de régulation médicale sont en grève illimitée dans les trois quarts des « Centre 15 » départementaux.

Amorcé début juillet, ce mouvement de contestation est pourtant peu visible, ces professionnels étant assignés par l’administration pour garantir la prise en charge des urgences vitales.

A la demande de l’UNARM et de l’AFARM, ils ont néanmoins manifesté début septembre devant le ministère de la Santé et de la Prévention… et devant les Agences régionales de santé pour ceux qui n’avaient pas pu faire le déplacement. Parmi d’autres revendications, ils réclament une refondation de la formation, une revalorisation des salaires et une hausse des effectifs au niveau national.

Selon l’Association française des assistants de régulation médicale, il manque entre 800 et 1 200 ARM en France. Malgré les récentes évolutions promises par les pouvoirs publics, dont un dispositif temporaire de formation en alternance pour pallier le manque de moyens humains, les attentes de la profession sont encore loin d’être satisfaites. Le ton pourrait se durcir dans les semaines à venir.


Photo : Philippe Chagnon / Cocktail Santé

Chaque rentrée apporte son lot d’incertitudes et de questionnements, notamment sur la complétude des listes, mais aussi sur les profils des nouveaux étudiants. Parfois hasardeux, ce moment de partage, de rencontre et de découverte n’en reste pas moins un acte fondateur, tant pour les étudiants que les équipes pédagogiques, surtout quand on sait ô combien l’accueil est important et peut influencer les jours suivants.

Si la pause estivale a permis aux équipes de se ressourcer, l’activité associative a bien existé, même si elle a été moins intense que durant l’année. Le remaniement gouvernemental, et plus particulièrement l’arrivée d’un nouveau ministre de la Santé, a (un peu) bouleversé l’ordre établi et soulève deux interrogations majeures : quelle sera la feuille de route pour la formation des professionnels de santé et qu’adviendra-t-il de la refonte du référentiel de formation en sciences infirmières ?

De nombreuses questions en découlent : comment cette réforme prendra-t-elle en compte le profil des étudiants, leur qualité de vie ou encore la qualité de l’apprentissage ? Interruption des formations, précarité croissante des étudiants, terrains de stage insuffisants … Comment ces problématiques seront-elles traitées par les (nouvelles) tutelles ? Derrière les affichages politiques et les postures idéologiques, comment construire une formation plus qualitative, plus intégrative et plus cohérente, sans asphyxier ni décourager les étudiants ?

Une chose est sûre : l’ANdEP travaillera activement sur tous ces sujets durant les semaines à venir. Nous ferons tout notre possible pour que cette année soit aussi riche que constructive, que ce soit pour les directeurs, les formateurs ou les étudiants. En attendant, nous vous souhaitons, à toutes et tous, des journées instructives au contact des étudiants et des équipes.

Le drame du CHU de Reims est encore dans tous les esprits*, mais les solutions promises se font toujours attendre.

Annoncé début janvier par le ministère de la Santé et de la Prévention, un plan d’action contre les violences faites aux soignants doit être présenté avant l’été, conformément aux orientations fixées par la Première ministre. Il s’appuiera sur les quarante-quatre mesures issues du rapport Nion/Masseron, remis début juin aux ministres de tutelle. Les deux experts mandatés par la puissance publique ont identifié six objectifs prioritaires : agir sur les déterminants des violences ; acculturer les professionnels ; mieux objectiver les faits de violences internes et externes ; accompagner et soutenir les victimes ; préparer les futurs professionnels ; communiquer auprès de tous les acteurs.

Certaines propositions concrètes, comme le déploiement de dispositifs d’alerte portatifs, la formation initiale et continue des soignants et des personnels d’accueil, le durcissement de la réponse pénale face aux menaces et aux agressions ou encore un meilleur accompagnement des victimes dans leurs démarches judiciaires, ont particulièrement retenu l’attention du gouvernement. Une chose est sûre : la situation devient problématique, en particulier chez les infirmiers. Selon la dernière enquête thématique réalisée par l’ONI, 15% des répondants affirmaient subir des agressions « toutes les semaines ou presque ».

(*) Infirmière au CHU de Reims, Carène Mezino a été assassinée dans l’exercice de ses fonctions, le 22 mai dernier.


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Selon Agnès Firmin-Le Bodo, ministre déléguée à l’Organisation territoriale et aux Professions de santé, le gouvernement va investir 45 millions d’euros pour densifier le maillage des MSP, ouvertement considérées comme un « levier prioritaire » pour améliorer durablement l’accès aux soins dans les territoires.

« Une maison de santé pluriprofessionnelle ouverte, ce sont environ 600 patients de plus vus chaque année », souligne le ministère de la Santé et de la Prévention, dans un communiqué publié mi-juin. Ventilé sur trois ans, cet investissement doit permettre de créer 1 700 MSP supplémentaires d’ici 2027… soit un total de 4 000 dans la France entière*.

Il permettra également de développer de nouveaux outils et de nouvelles formes d’accompagnement des porteurs de projets pour soutenir les acteurs de terrain et changer concrètement la vie des usagers.
Le « Tout MSP » ne sera pas un remède miracle pour autant. ESP, ESCAP, CPTS… Toutes les formes de regroupement devront être privilégiées pour résoudre la crise de la désertification médicale.


(*) Selon la Direction générale de l’offre de soins, 2 251 maisons de santé pluriprofessionnelles étaient répertoriées sur le territoire français en décembre 2022.

Le gouvernement veut pallier le manque d’assistants de régulation médicale, une profession méconnue, mais non moins essentielle dans la prise en charge des urgences vitales.

Lancée début mai, une campagne de recrutement inédite devait permettre de renforcer les moyens humains des Centre 15, confrontés à une hausse croissante de l’activité, qui va encore augmenter avec la généralisation programmée des services d’accès aux soins. Selon François Braun, 3 000 ARM supplémentaires seraient nécessaires pour couvrir les besoins actuels. L’objectif politique est clairement affiché : mieux structurer la permanence des soins ambulatoires pour désengorger les services d’urgence.

Au-delà de cette opération promotionnelle, qui doit notamment renforcer la visibilité du métier et susciter des vocations auprès de la jeune génération, un dispositif temporaire de formation en alternance sera prochainement créé. Annoncée début juin par le ministère de la Santé et de la Prévention, cette mesure prendrait fin en décembre prochain, mais pourrait être prolongée en cas de succès. A tout le moins, près de 700 places supplémentaires seront ouvertes dès la rentrée 2023. Deux nouveaux Cfarm seront également installés en janvier 2024.


Photo : Philippe Chagnon / Cocktail Santé

Les syndicats professionnels et l’Assurance maladie ont signé un dixième avenant à la convention nationale des infirmiers.

Conclu mi-juin, il prévoit des « revalorisations tarifaires importantes » qui doivent notamment contribuer à améliorer la prise en charge des patients à domicile. Outre la généralisation, en octobre prochain, du bilan de soins infirmiers pour les patients de moins de 85 ans, l’indemnité forfaitaire de déplacement sera augmentée de 10 %. Cet accord prévoit également un « accompagnement financier » pour compenser la perte de revenus des infirmiers libéraux suivant la formation d’infirmier en pratique avancée, via la création d’une aide de 15 000 euros*.

Particularité notable : il s’agit du deuxième accord conclu dans le cadre des négociations transversales organisées avec les représentants syndicaux des professions paramédicales conventionnées pour amortir le choc inflationniste qui pèse sur leur activité. Après les orthoptistes et les infirmiers, des mesures « fortes et lisibles » seront prises avant l’été pour les masseurs-kinésithérapeutes et les orthophonistes.

NB : des travaux seront prochainement engagés entre le ministère et les représentants de la profession pour permettre aux infirmiers de concourir à la permanence des soins et déterminer les modalités de prise en charge des soins non programmés après régulation médicale.

(*) Cet accompagnement financier sera de 17 000 euros dans les DROM.


Photo : Philippe Chagnon / Cocktail Santé

Dans un rapport publié mi-mai, la mission IGAS/IGESR propose des outils adaptés et des mesures appropriées pour améliorer la qualité de vie des étudiants en santé, considérée comme « un objectif prioritaire ».

Précarité financière, lutte contre les violences de tous ordres, y compris sexistes et sexuelles, prévention des risques psychosociaux, conditions de travail en stage… Ils formulent vingt-six recommandations concrètes pour assainir leur environnement et mieux prendre en compte leurs principales préoccupations. La formation, la coordination et l’évaluation des encadrants devront notamment faire l’objet d’une attention particulière.

Quatre évolutions sont plébiscitées dans ce domaine : mettre en place des procédures de repérage et d’accompagnement des étudiants en difficulté ; rendre obligatoire une formation à la QVES et au management des étudiants pour les chefs de service, les encadrants et les maîtres de stage ; intégrer le bien être des étudiants de toutes les filières dans tous les objectifs managériaux des encadrants ; inscrire des engagements dans une charte enseignants-étudiants-encadrants sur les lieux de stage, annexée à la convention de stage.


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François Braun se donne un an pour refonder le métier d’infirmier. Ambitieux, le projet interministériel suscite néanmoins la méfiance des syndicats et des organisations professionnelles. Explications.

Le compte à rebours est lancé. Dans un discours prononcé fin mai, François Braun dévoilait les grandes lignes de la réforme des soins infirmiers. Réclamée de longue date par la profession, cette transformation reposera sur trois piliers : la formation, les compétences et les carrières. Une approche plus agile par grandes missions sera notamment privilégiée pour mieux tenir compte de la technicité, de la diversité et de la complexité des activités réalisées. Les cursus de formation seront également repensés pour les adapter aux besoins locaux, attirer toujours plus de jeunes et renforcer leur accompagnement jusqu’au diplôme. Autre enjeu prioritaire : les collectifs de travail au sein desquels les infirmiers exerceront des compétences élargies, en équipe, seront rénovés et renforcés, et leurs expertises reconnues dans une perspective de progression et d’évolution professionnelle.

Des mesures concrètes

La réforme passera par deux changements critiques : la refonte du référentiel de formation et la révision du décret sur les actes infirmiers, qui n’a pas été modifié depuis dix-neuf ans. Plusieurs mesures concrètes ont déjà été dévoilées par le ministre de la Santé et de la Prévention. Le tutorat durant les stages sera développé, et l’apprentissage renforcé « dès la rentrée prochaine ». Certaines disciplines, comme la pédiatrie, la psychiatrie ou la gérontologie, seront davantage enseignées. Parmi d’autres missions, les infirmiers se verront confier « toute la latitude nécessaire » pour prendre en charge les plaies chroniques. Autre avancée notable : l’intégration « prochaine » des protocoles de coopération nationaux dans le droit commun. « Je pense notamment au protocole concernant l’éducation thérapeutique autour de la prise en charge de l’insuffisance cardiaque, ou encore aux consultations d’addictologie pour les patients en sortie d’hospitalisation », détaillait François Braun, qui souhaite par ailleurs « renforcer, faciliter et faire mieux connaître » la diversité des évolutions en cours de carrière, non sans réitérer sa volonté de pouvoir compter sur 5 000 IPA à l’horizon 2024.

Des réactions prudentes

Les principaux représentants du secteur se disent globalement satisfaits des dernières annonces ministérielles, mais… « Reste à savoir dans quelle proportion les missions se substitueront aux actes. Nous plaiderons pour que ces derniers demeurent l’essence du métier socle », tempérait Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers. Une chose est sûre : la profession est prête à relever le défi de l’accès aux soins. « Il n’y a pas de déserts infirmiers. Nous avons la possibilité de prendre en charge davantage de patients et davantage d’actes, y compris dans les lieux les moins bien pourvus en médecins. Nos compétences seraient très utiles dans les soins préventifs, curatifs et palliatifs, mais nos missions devront être impérativement élargies », rappelait Patrick Chamboredon, président de l’Ordre national des infirmiers, dans un entretien accordé au journal Le Monde. Selon le calendrier fixé par François Braun, le projet interministériel doit aboutir à la rentrée 2024. Un délai particulièrement court face à l’ampleur du chantier. La problématique est ouvertement posée : attirer et fidéliser les étudiants et les professionnels de la filière en redonnant du sens et de la valeur au métier. Il reste un an au gouvernement pour tenir sa promesse…

 

Formation : les principales mesures annoncées par François Braun

  •  Doubler le nombre d’instituts de formation en soins infirmiers impliqués dans une cordée de la réussite pour la rentrée 2023 ;
  • Renforcer et développer l’apprentissage, notamment en première année de formation « dès l’an prochain » ;
  • Introduire de nouveaux enseignements (pédiatrie, psychiatrie, gérontologie…) et de nouveaux outils d’enseignement (simulation…), et transformer la politique de stage ;
  • Accélérer l’intégration pédagogique des instituts de formation avec l’université ;
  • Renforcer l’accompagnement et le suivi des étudiants, via la publication d’un guide du mentorat « dès la rentrée 2023 » et le lancement d’un plan d’accompagnement au déploiement et à la formation des mentors ;
  • Interdire la pratique de l’intérim en sortie de formation.

 


Photo : Ministère de la Santé