Dans un rapport publié mi-décembre, la Cour des comptes dresse un bilan « globalement favorable » de la campagne de vaccination contre la Covid-19.

Elle évoque des résultats solides, notamment sur le schéma vaccinal initial, avec une couverture quasi-intégrale de la population éligible, soit les Français de plus de 12 ans. La Cour des comptes pointe néanmoins des « faiblesses persistantes », comme le taux de vaccination des personnes âgées de plus de 80 ans, mais aussi quelques ratés, à l’image des « derniers élargissements » qui n’ont pas trouvé leurs publics, soit la seconde dose de rappel et la vaccination des jeunes enfants âgés entre 5 et 11 ans. Particulièrement élevé*, le coût de la campagne vaccinale doit être « relativisé au regard des bénéfices qu’elle a apportés ». A la lumière de cette expérience, la Cour des comptes formule six recommandations concrètes pour gérer au mieux les futures crises sanitaires, suggérant notamment d’institutionnaliser les dispositifs « aller vers », de renforcer la transparence des données ou encore de cibler les interventions des vaccinateurs selon les populations à atteindre.

(*) Selon la Cour des comptes, la campagne de vaccination anti-Covid a coûté 8,1 milliards d’euros, soit 140 millions en 2020, 4,6 milliards en 2021 et 3,4 milliards en 2022. 


Photo : Luc Seba/Cocktail Sante

Le vieillissement programmé de la population nécessite une profonde révision du cadre législatif, et des modalités de financement adéquates.

Peu convaincue par la proposition portée par les parlementaires de la majorité, la Fédération hospitalière de France vient de diffuser vingt mesures urgentes et structurelles, sous la forme d’un « projet de loi » en faveur d’une société de la longévité, dont la formation et le recrutement de 100 000 professionnels en cinq ans ou encore la garantie de la pérennité des financements de la branche autonomie au-delà de 2024. Plus largement, ce plan d’action repose sur cinq grands axes : construire une société de la longévité respectueuse de tous les citoyens ; faire de la prévention un objectif opposable de santé publique ; prendre soin des professionnels du grand âge et attirer de nouveaux talents ; adapter l’offre d’accompagnement aux parcours de vie et aux attentes des personnes âgées ; accompagner la nécessaire mutation du secteur médico-social. Symbolique des failles du système actuel, la situation des Ehpad publics continue de se dégrader. Selon la FHF, 85 % d’entre eux annoncent un déficit pour 2022… contre 45 % en 2019.

Mi-décembre, la FFMKR et l’Assurance maladie ont signé un septième avenant à la convention des masseurs-kinésithérapeutes.

Cinq grandes orientations ont été validées par les parties prenantes : la refonte et la revalorisation de la nomenclature, la prévention et la prise en charge des patients en perte d’autonomie, la réduction des inégalités territoriales d’accès à la kinésithérapie, le renouvellement des prescriptions datant de moins d’un an par le kinésithérapeute et le déploiement de la télésanté. Toutes mesures confondues, cet accord conventionnel représente un investissement de 530 millions d’euros qui se traduira notamment par une augmentation de l’acte de base, désormais valorisé à hauteur de dix-huit euros. Selon la Cnam, ce texte renforce le rôle du masseur-kinésithérapeute dans le champ de la santé publique, notamment en matière de prévention, et contribuera à réduire les inégalités d’accès à des soins de kinésithérapie. Pour des raisons diverses, les deux autres organisations syndicales ont refusé de parapher ce contrat.


Photo :  Philippe Chagnon / Cocktail Sante

Pendant leurs congés scolaires, 690 étudiants en santé sont venus prêter main forte aux personnels de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris.

Une fois identifiés, les volontaires ont été affectés dans les services en tension par l’équipe « rejoignez-nous » de la direction des ressources humaines de l’AP-HP ou par les DRH et les directions des soins des GHT. A partir du 26 décembre, une centaine d’entre eux sont intervenus quotidiennement dans les hôpitaux franciliens, permettant ainsi de soulager leurs aînés. Fort de son succès, le dispositif pourrait être prolongé en janvier, avec des vacations proposées le soir et le week-end aux étudiants dont les cours ont repris. Considérée comme une réussite, cette opération a été menée avec le concours des Universités et de l’Agence régionale de santé, qui avait recensé près de 1 300 volontaires à l’issue de son dernier appel à la mobilisation, lancé le 23 décembre, en amont des fêtes de fin d’année.


Photo :  Philippe Chagnon / Cocktail Sante

La vente en ligne des médicaments exclusivement composés de paracétamol a été interdite jusqu’à fin janvier.

A travers cette mesure d’urgence, le gouvernement souhaite réduire les tensions d’approvisionnement, en partie générées par une hausse spectaculaire de la demande, notamment pour les formes pédiatriques. Les pouvoirs publics regrettent le manque d’anticipation des industriels qui dénoncent la pression tarifaire exercée sur ces produits, dont le coût de fabrication n’est plus rentable. Sous la pression des tutelles, les principaux fabricants ont accru leurs capacités de production et rapatrié une partie de leurs stocks, mais la reconstitution des réserves de sécurité prendra du temps. Cette situation pourrait même durer en raison des dernières restrictions imposées par la Chine, principal fournisseur mondial de paracétamol. Confrontées à une nouvelle flambée épidémique, les autorités locales ont interdit toute exportation et réservent ces médicaments pour le marché chinois. Un protectionnisme sanitaire qui va inévitablement fragiliser les approvisionnements dans les prochaines semaines, voire les prochains mois.


Photo : Luc Seba/Cocktail Sante

Emmanuel Macron propose ses solutions pour résoudre la crise systémique qui frappe la ville et l’hôpital. Formation, organisation, rémunération… Il compte actionner différents leviers pour redonner du sens aux métiers de la santé et améliorer l’accès aux soins des Français.

« La santé n’est pas une politique publique parmi d’autres. Elle est celle qui permet toutes les autres. » Le Dr Macron a posé son diagnostic, rédigé sa prescription et détaillé son ordonnance. Dans un contexte explosif, marqué par la fronde des médecins libéraux et la lassitude des personnels hospitaliers, la prise de parole du président de la République était très attendue. Comme un symbole, il a choisi le Centre Hospitalier Sud Francilien de Corbeil-Essonnes, en région parisienne, pour présenter ses vœux aux soignants et fixer un nouveau cap. Son plan d’action affiche deux grandes ambitions : redonner du sens aux métiers de la santé et renforcer l’accès aux soins des Français. Gagner du temps médical, améliorer les organisations de travail, assurer la permanence et l’universalité des soins… Telles seront les trois priorités. La patience sera toutefois de rigueur. Profonde et durable, la crise systémique va perdurer, notamment pour des raisons démographiques. Longue et complexe, la transformation voulue prendra au moins une décennie.

Des réponses concrètes

Parmi d’autres chantiers, la T2A sera réformée. Selon Emmanuel Macron, la tarification hospitalière reposera davantage sur des objectifs de santé publique qui seront négociés à l’échelon d’un territoire. Précision de circonstance : la nature du mode de financement et les orientations budgétaires seront discutées dans le cadre du PLFSS 2024. Une réorganisation du temps de travail et des plannings sera également mise en place pour rendre l’hôpital plus attractif, mais aussi pour lui permettre de conserver ses soignants. La date butoir est fixée au 1er juin. Autre annonce forte : la direction des hôpitaux sera prochainement assurée par un tandem « administratif et médical ». Pour apaiser le mécontentement des médecins libéraux, qui multiplient les grèves depuis deux mois, le chef de l’exécutif promet la formation et le recrutement de 6 000 assistants médicaux supplémentaires d’ici fin 2024. Il s’engage surtout à mieux rémunérer « ceux qui assurent la permanence des soins ambulatoires et ceux qui prennent davantage de patients ». Certaines contreparties seront néanmoins exigées : chaque assuré devra avoir un médecin de référence dans son bassin de vie ; les 600 000 malades chroniques sans médecin traitant devront en avoir un avant la fin de cette année.

Satisfecit de l’ONI

Une chose est sûre : toutes les pistes seront explorées pour améliorer l’accès aux soins des Français. Pénurie médicale oblige, la délégation des tâches sera simplifiée et l’accès direct aux professions paramédicales facilité… dans des conditions qui restent à préciser. Lancinante, la problématique des ressources humaines sera également traitée. Une réforme des études de santé sera menée d’ici l’été pour « limiter les échecs et les abandons ». Outre une optimisation du système ParcourSup, des places supplémentaires seront ouvertes dans les instituts de formation, notamment chez les infirmiers. Particulièrement satisfait, l’ONI valide le projet présidentiel. « Ces annonces témoignent d’un pragmatisme, d’un esprit de responsabilité et d’une volonté réformatrice à la hauteur des enjeux (…) Elles tracent de nouvelles perspectives en matière de coopération et de partage des compétences », souligne l’instance ordinale, dans un communiqué. Prudentes et réservées, les fédérations hospitalières y sont globalement favorables, contrairement aux instances représentatives des médecins libéraux. Entre colère et consternation, elles dénoncent une profonde méconnaissance des difficultés et des attentes de la profession. Certaines centrales syndicales évoquent même une destruction programmée de la médecine de ville.


Photo : Luc Seba/Cocktail Sante

Dans le sillage des biologistes, les médecins et les infirmiers libéraux battent le pavé. Ce mouvement de fond incarne le profond mal-être des soignants, mais aussi l’incapacité des pouvoirs publics à proposer des solutions efficaces pour apaiser durablement les esprits. Un « janvier noir » se profile…

Les biologistes ont ouvert la voie. Les médecins et les infirmiers leur ont emboîté le pas. Depuis la mi-novembre, les relations entre les libéraux de santé et les pouvoirs publics se sont considérablement dégradées. Deux points noirs cristallisent les frustrations : la nouvelle loi de financement de la Sécurité sociale et la politique conventionnelle. Entre les économies attendues chez certains et les revalorisations tarifaires espérées par d’autres, les grèves se multiplient, gagnent en intensité et deviennent contagieuse. Révélatrice du profond mal-être éprouvé par les soignants, cette période houleuse révèle l’incapacité des pouvoirs publics à proposer des solutions efficaces pour apaiser durablement les esprits. Leurs doléances ne sont pas uniquement financières. Les professionnels de santé veulent redonner du sens à leur métier.

Les raisons de la colère

Réunis au sein de l’ABM*, les syndicats et les groupes de biologie médicale dénoncent le poids exorbitant des baisses tarifaires imposées à la profession. Ses représentants consentent une économie de 685 millions d’euros sur quatre ans, là où les pouvoirs publics exigent 1,3 milliard. Deux grèves plus tard, aucun compromis n’a été trouvé. En guise de protestation, les membres de l’Alliance viennent de suspendre la transmission des données biologiques sur « Mon espace santé » pour une durée indéterminée et annoncent « un mois de janvier noir ». Engagés dans une négociation conventionnelle décisive pour leur avenir, les médecins libéraux plaident pour une réévaluation de leurs tarifs, dont une revalorisation significative de la consultation de base chez les généralistes. A l’initiative des deux journées de fermeture des cabinets médicaux en début de mois, le collectif « Médecins pour demain » maintient la pression sur l’assurance maladie. Faute de propositions chiffrées, il appelle à une grève « dure et illimitée » à compter du 26 décembre.

Un cocktail explosif

Particulièrement mécontents, les infirmiers ont déjà battu le pavé à deux reprises en trois semaines, et ne comptent pas en rester là. Soutenus par plusieurs syndicats, ils réclament une juste reconnaissance de leur investissement et de leurs compétences, mais aussi la prise en compte de leurs revendications financières. Ils entendent durcir le mouvement en cessant « toute nouvelle prise en charge » durant les vacances de Noël. Cette fronde libérale intervient au plus mauvais moment. Les dernières données épidémiologiques sont formelles : la France est confrontée à une triple épidémie inédite, dont l’évolution est encore difficile à prévoir. Le retour en force de la Covid-19 va accroître la pression sur le système de santé, déjà confronté à une explosion des cas de grippe et de bronchiolite. Toujours opposé au port obligatoire du masque dans les lieux clos, le gouvernement mise sur la responsabilité citoyenne, y compris en matière de vaccination. Critiqués pour leur confusion, les messages de prévention seront essentiels pour limiter les dégâts.

(*) Alliance de biologie médicale – ABM.


Photo : Luc Seba /Cocktail Santé

Députée Renaissance du Loiret, Stéphanie Rist ne se satisfait pas des expérimentations prévues dans la LFSS 2023. Elle veut instaurer un accès direct aux infirmiers en pratique avancée, aux kinésithérapeutes et aux orthophonistes… dans le cadre d’un exercice coordonné.

Dans le scénario envisagé, les IPA se verront également octroyer un droit de prescription pour des pathologies bénignes, dont la liste sera ultérieurement définie. Réunis autour du Conseil national de l’Ordre des médecins, les représentants du corps médical sont rapidement montés au créneau pour dénoncer ces velléités.

Plaidant en faveur d’une délégation coordonnée des actes nécessaires au diagnostic ou à la réalisation du protocole de santé, ils s’opposent formellement au principe d’un accès direct aux professions paramédicales. « L’organisation des soins doit respecter les compétences de chacun sans jamais nier le rôle et la place du médecin ! », écrivent-ils dans un communiqué commun.

Déposée mi-octobre, cette proposition de loi sera débattue en janvier. Son objectif est clairement affiché : accélérer le décloisonnement du système de santé, en faisant confiance aux soignants et en leur offrant de nouvelles possibilités, pour améliorer l’accès aux soins des Français, notamment dans les déserts médicaux.


Photo : Capture d’écran Assemblée Nationale

Insultes, vols, menaces, violences physiques, intimidations… Les agressions contre les soignants se multiplient.

« Le respect dû aux professionnels de santé est une valeur cardinale. Toutes les violences dont ils sont victimes doivent être dénoncées, combattues et sanctionnées. Elles ne doivent jamais être banalisées », déclarait Agnès Firmin-Le Bodo, ministre des Professions de santé et de l’Organisation territoriale, lors de la présentation du dernier rapport annuel de l’ONVS. Au-delà du constat, le ministère de la Santé et de la Prévention souhaite concevoir de nouveaux outils de lutte contre ces violences protéiformes.

Ce travail portera sur quatre axes prioritaires : la « refonte » du signalement via la mise en place d’une nouvelle plate-forme en ligne, accessible aux professionnels de santé libéraux, dès janvier 2023 ; la mobilisation conjointe des établissements, des ordres et des forces de sécurité pour accompagner les soignants face aux violences ; la publication d’un guide de bonnes pratiques en matière de sécurité bâtimentaire ; le lancement d’une concertation pluridisciplinaire visant à mieux prévenir les violences, mieux former les soignants pour y faire face, et mieux accompagner les témoins et les victimes. Des propositions concrètes seront présentées au printemps prochain.


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