La rentrée est toujours un moment précieux, à la fois dans notre vie de directeur, de formateur et de soignant, mais aussi dans notre vie associative. Inspirée du célèbre ouvrage de Jean Guéhenno, intitulé Sur le chemin des hommes, une citation résume parfaitement la situation : « C’est à l’école qu’il faut raccommoder la toile déchirée de notre monde et empêcher qu’on ne la déchire davantage ». Ce devra être notre leitmotiv, voire notre priorité, tout au long de cette année.

Pendant l’été, les équipes pédagogiques ont repris leurs projets, et les ont fait évoluer. Elles ont considéré le degré de satisfaction des étudiants, le leur, mais aussi les transformations dans le domaine des soins. Elles ont construit les méthodes pédagogiques qui leur semblaient les plus adaptées. Mais il est une donnée essentielle que la rentrée va leur faire découvrir, c’est le groupe des étudiants. Le vrai défi commence maintenant : entretenir la motivation de ces derniers et la faire grandir chaque jour, quitte à se réinventer.

Pour notre association, c’est également la rentrée. C’est le moment de faire le point sur les différents sujets en cours, et ceux à venir. C’est le moment d’échanger entre nous, mais aussi avec les pouvoirs publics et les dirigeants politiques. Il nous appartient de reprendre notre bâton de pèlerin, laissé sur le pas de la porte le temps d’un été, de réfléchir aux évolutions, aux stratégies… Et tout cela face au spectre d’une huitième vague épidémique que les spécialistes nous prédisent pour cet automne.

La reprise épidémique n’augure rien de bon. Faute de moyens humains et financiers, les urgences sont promises à une nouvelle crise.

Les craintes sont fondées. De nombreux services seront effectivement fermés cet été. Les propositions de la « mission Braun » seront-elles suffisantes pour éviter le pire ? Désormais en ordre de marche, le nouveau gouvernement va connaître son premier baptême du feu.

Longtemps attendu, le casting est finalisé. Séduisant sur le papier, le binôme François Braun/Agnès Firmin-Le Bodo suscite un optimisme non dissimulé chez les représentants des professionnels de santé. Leur popularité et leur connaissance du terrain seront deux atouts non négligeables pour redynamiser le système de santé, mais gare au principe de réalité dans une France divisée.

Face à une Assemblée nationale loin de lui être acquise, le gouvernement devra trouver des majorités de circonstance pour voter des reformes essentielles. Certains sujets fondamentaux, comme l’accès aux soins et la prévention, devront être impérativement préservés des querelles institutionnelles. Certaines avancées promises devront également se concrétiser, à l’instar de la révision du référentiel de formation des infirmiers.

Une chose est sûre : les pressions exercées sur l’appareil sanitaire ne devront pas se répercuter sur les étudiants et les néo-soignants. Un environnement délétère pourrait altérer leur motivation, voire pire. Les conditions d’accueil dans les structures de soins seront déterminantes pour les encourager… et les fidéliser.

La surchauffe guette l’hôpital, au sens propre comme au sens figuré. A l’approche de la période estivale, plusieurs interrogations demeurent quant à la capacité des établissements de santé à absorber la demande de soins. Criant, le manque de soignants pourrait altérer le bon fonctionnement des structures sanitaires et médico-sociales, au plus mauvais moment. La promesse d’un été caniculaire n’est pas sans rappeler celui de 2003… et ses 20 000 décès. Une nouvelle crise sanitaire serait assurément mal vécue.

Comme chaque année, étudiants et jeunes diplômés viendront prêter main forte aux personnels de santé. Parmi d’autres difficultés, ils devront réussir à se positionner dans des équipes saisies par le vertige de la morosité. La première prise de poste est souvent une étape marquante. Tendu, le climat social pourrait fragiliser les bonnes volontés. Une chose est sûre : le meilleur accueil devra leur être réservé. Les attentes devront être proportionnées.

Nous n’arrêtons pas de lire et de dire que la crise du Covid-19 a révélé les failles de l’organisation sanitaire. Le temps n’est-il pas enfin venu de restructurer durablement le système de soins, en considérant vraiment les attentes et les demandes – légitimes – des forces vives du secteur ? Dans cette période troublée, les valeurs qui nous animent en tant que soignant – et qui nous guident dans la formation des professionnels – sont malmenées.

Le mois de mai est historiquement propice aux revendications. A l’issue du scrutin présidentiel, elles sont particulièrement nombreuses.

Le nouveau gouvernement apportera quelques éléments de réponse, mais la recomposition effective du paysage politique n’interviendra pas avant plusieurs semaines, élections législatives obligent.

A peine nommées, les ministres de la Santé et de l’Enseignement supérieur sont déjà attendues au tournant. Certains sujets de fond, à l’instar de la diplomation des nouveaux professionnels, méritent des réponses urgentes : combien seront diplômés ? Combien postuleront au sein des structures sanitaires et médico-sociales ? Combien resteront sur les postes proposés en sortie de formation ?

Dans un climat très tendu, les conditions d’accueil réservées aux nouveaux diplômés seront déterminantes, notamment en matière d’engagement. Une meilleure prise en compte de leurs aspirations serait sûrement un premier pas vers la fidélisation. N’y aurait-il pas, en définitive, la nécessité de tout repenser ? Le nouveau gouvernement devra envisager cette éventualité.

Dans quelques jours, nous connaîtrons l’identité de notre futur président. Absente du débat électoral, la santé devra impérativement occuper une place de choix dans l’ordre des priorités du prochain quinquennat. Parmi d’autres enjeux critiques, la question de la formation ne devra pas être éludée. Financement, sélection, diplomation… Les sujets ne manquent pas.

Il ne faudra pas se tromper de combat. Certains voudraient réduire les abandons de formation au mode de sélection des infirmières. La plate-forme Parcoursup est perfectible, c’est vrai, mais elle ne justifie pas toutes les ruptures constatées. Elles existaient déjà, bien avant sa mise en œuvre. La construction d’un projet professionnel ne s’improvise pas. Elle nécessite une réflexion approfondie et une bonne connaissance du métier, loin des représentations construites et des aléas de la pandémie.

La crise sanitaire n’a pas facilité nos démarches. Elle a limité sinon modifié les concertations entre l’Education nationale et nos instituts. Elle a aussi réduit les temps de partage, de découverte et d’immersion avec les élèves de terminale. Une étape pourtant incontournable pour mieux cerner les attendus d’une formation et les spécificités d’une profession. La documentation disponible sur Parcoursup sera-t-elle suffisante pour éclairer leur décision ?

Une chose est sûre : le profil sociologique des étudiants a changé. Il nous appartient probablement de repenser nos maquettes de formation en fonction des aspirations de la jeune génération.

Il y a deux ans, nous vivions notre premier confinement. Aujourd’hui, nous « tombons les masques ».

L’heure du bilan n’a pas encore sonné, mais les premières leçons de la crise doivent être rapidement tirées. En pleine campagne électorale, le sujet ne peut pas et ne doit pas être éludé.

La pénurie de professionnels de santé n’est pas une nouveauté, mais elle ne doit pas être banalisée : le manque d’infirmiers fragilise dangereusement le fonctionnement des structures sanitaires et médico-sociales. Un mal préoccupant, loin de se réduire à ce seul métier du soin.

Les progrès scientifiques, thérapeutiques et technologiques nécessitent une révision de fond des maquettes de formation. Une évolution d’autant plus incontournable qu’elle conditionnera l’avenir de notre système de santé et la réponse apportée à la population, dont les besoins iront croissant.

A l’instar du numerus apertus, nouvelle norme de sélection des étudiants en médecine, ne faut-il pas envisager de corréler les objectifs quantitatifs de formation avec les besoins réellement constatés sur le terrain, non sans considérer la dynamique interprofessionnelle ? La question mérite d’être posée.

La crise sanitaire n’a rien changé… ou presque.

Une fois encore, la santé est reléguée au second plan de la campagne présidentielle, loin derrière l’immigration, la sécurité et le pouvoir d’achat. Complexe et technique, le sujet est effleuré par la plupart des candidats qui rivalisent de propositions plus ou moins réalistes, dont les chiffrages économiques laissent souvent à désirer.

La pandémie a pourtant révélé les failles d’un système à bout de souffle. Sa résilience tient avant tout à la mobilisation de ses acteurs qui ont payé de leur personne pour maintenir le navire à flot, sans jamais démériter. Réquisitionnés, les étudiants ont largement contribué à l’effort de guerre, sans toujours bénéficier de la reconnaissance qui leur était due.

Priorité majeure des Français, l’accès aux soins est l’affaire de tous, y compris des professions paramédicales, dont l’apport est aujourd’hui sous-estimé. Leur rôle et leurs missions devront être impérativement renforcés pour répondre à une demande de soins grandissante, amplifiée par l’augmentation et le vieillissement de la population.

Derrière les enjeux économiques et organisationnels, la formation des soignants sera l’un des principaux leviers de la transformation. Indissociables, la santé et l’enseignement doivent être pensés comme un tout. Du fait de sa double valence, l’ANdEP continuera d’alimenter le débat, en imaginant des solutions concrètes pour bâtir un idéal sanitaire plus juste et plus équitable.

Au gré de mes recherches, je me suis arrêtée sur un livre de Jean-Luc Hudry : L’optimisme opérationnel : vaincre l’adversité. Un ouvrage totalement en phase avec ce que nous avons vécu hier, ce que nous vivons aujourd’hui et ce que nous vivrons demain.

Comment affronter l’adversité ? Comment réduire les inquiétudes et l’angoisse du lendemain ? Comment rassurer les équipes et les étudiants ? L’auteur propose une piste des plus intéressantes : « Recréer le collectif, le mobiliser dans un monde incertain et augmenter son bien-être. » Une triple recommandation aux allures de voeux pour tous les directeurs d’institut du pays.

Cette crise sanitaire nous permettra-t-elle de repenser en profondeur nos systèmes de santé et de formation ? Tournée vers cet objectif suprême, l’ANdEP veut y contribuer au travers de l’information diffusée, de sa participation active aux différents groupes de travail, de sa vision prospective, de ses journées d’études… en associant étroitement ses adhérents à ses réflexions et à ses travaux.

Je vous souhaite, à toutes et à tous, une très bonne année 2022. J’espère sincèrement vous retrouver lors de nos traditionnelles journées d’études qui se tiendront les 17 et 18 mars prochains… à Paris. Le rendez-vous est pris !

Le présentiel n’est plus le seul vecteur de l’interaction sociale. Moins convivial mais plus pratique, le distanciel réduit la contrainte du temps et des distances. Partisans et détracteurs se rejoignent sur un point : il permet de maintenir le lien. Il nous permet surtout de poursuivre nos missions.

Qu’importent les sensibilités, les membres de l’ANdEP ont su s’adapter. Dématérialisées, nos réunions n’en restent pas moins d’une excellente qualité. Deux thématiques clefs ont été récemment abordées : les expérimentations liées à l’universitarisation de nos formations et la gouvernance de nos instituts. Les expériences partagées et les informations échangées nous ont permis d’élaborer de nouvelles propositions et de nouvelles idées.

Au regard des bénéfices constatés, nous renouvellerons régulièrement
l’expérience. Nous étudierons prochainement l’épineuse question de l’apprentissage. En plein développement dans certains cursus de formation, dont ceux des masseurs-kinésithérapeutes et des aides-soignants, il l’est beaucoup moins chez les infirmiers. Cette alternative présente pourtant des avantages non négligeables sur le plan professionnel, personnel et financier. Des solutions concrètes doivent être rapidement envisagées.

Dans quelques jours, les étudiants prendront des vacances bien méritées. Nous espérons sincèrement les retrouver début janvier… si la situation sanitaire le permet. Quoi qu’il en soit, nous vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’année que les gestes barrières ne pourront pas affecter !