Le Shift Project donne la parole aux soignants
Le 12 mars dernier, le think tank The Shift Project a lancé une vaste consultation nationale à destination des professionnels de santé, afin de mieux comprendre les liens entre santé, climat et énergie. Médecins, infirmiers et pharmaciens sont invités à partager leurs expériences, leurs freins et leurs propositions face aux enjeux climatiques qui transforment déjà le système de soins. Cette initiative s’appuie sur un constat désormais bien documenté : le secteur de la santé représente environ 8 % de l’empreinte carbone nationale et demeure fortement dépendant des énergies fossiles. Dans le même temps, il doit faire face aux conséquences sanitaires du changement climatique, tant pour les patients que pour les conditions d’exercice des soignants.
La consultation, menée en partenariat avec l’association The Shifters, vise près de 900 000 professionnels. Elle combine une enquête quantitative en ligne et des entretiens qualitatifs, afin de recueillir des données de terrain et d’identifier des leviers d’action concrets. Les résultats, attendus au second semestre, doivent nourrir des recommandations opérationnelles et éclairer le débat public. En plaçant les soignants au cœur de la réflexion, le Shift Project défend une approche pragmatique : la transition écologique du système de santé ne pourra réussir sans l’adhésion et l’expertise de ceux qui le font vivre au quotidien. Une démarche qui souligne l’indissociable lien entre santé humaine et santé de la planète.
la précarité silencieuse des étudiants infirmiers
Chaque rentrée, l’accès au logement universitaire s’apparente à un véritable parcours d’obstacles pour les étudiants en sciences infirmières. Officiellement éligibles aux logements du Crous, ils restent pourtant largement exclus du système. Selon une enquête de la FAGE, relayée par la FNESI, moins de 2 % des ESI ayant déposé une demande obtiennent une chambre universitaire. Cette inégalité tient principalement au mode de financement des études. Contrairement aux autres étudiants, les ESI dépendent majoritairement des bourses régionales, et non du dispositif du Crous. Résultat : absence de dossier social étudiant, exclusion de la phase principale d’attribution des logements et arrivée tardive dans un système déjà saturé. Les conséquences sont lourdes. Dans les grandes métropoles, de nombreux étudiants cumulent stages, cours et trajets longs, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres de leur IFSI.
La précarité financière est marquée : 45 % des ESI déclarent disposer de moins de 100 euros par mois pour vivre après paiement du loyer. Colocations, résidences privées ou aides d’urgence constituent des solutions partielles, insuffisantes face à l’ampleur du problème. La FNESI réclame une simplification des démarches et la création d’un guichet unique, afin de garantir une égalité d’accès aux droits. À l’heure où la société appelle à renforcer les effectifs soignants, la situation des futurs infirmiers interroge la cohérence des politiques publiques.
les infirmiers au cœur du dépistage du cancer colorectal
À l’occasion de Mars Bleu, mois national consacré à la prévention du cancer colorectal, les infirmiers diplômés d’État s’affirment comme des acteurs clés du dépistage. Troisième cancer le plus fréquent en France, il bénéficie pourtant d’un test simple, fiable et pris en charge, dont le taux de participation demeure insuffisant, autour de 30 %. Pour améliorer l’accès au dépistage, plusieurs régions ont engagé des expérimentations permettant aux IDE de remettre directement les kits aux patients éligibles, âgés de 50 à 74 ans, sans symptôme ni antécédent familial à haut risque. Cette évolution s’inscrit dans une logique de prévention de proximité. Les infirmiers ne se limitent pas à la distribution : ils vérifient l’éligibilité, expliquent les modalités de prélèvement à domicile et rappellent l’importance de la traçabilité et du suivi du test. Cette relation directe contribue à lever certains freins, notamment liés à la méconnaissance du dispositif ou aux réticences face à l’autotest. En cas de résultat positif, les IDE assurent également l’orientation vers une coloscopie, garantissant la continuité du parcours de soins. En s’appuyant sur les compétences et la proximité des infirmiers, Mars Bleu illustre une évolution plus large des politiques de prévention, désormais partagées par l’ensemble des professionnels de santé de terrain, afin de toucher plus efficacement les populations concernées.
Une nouvelle feuille de route triennale
Le gouvernement vient de dévoiler une nouvelle stratégie qui doit permettre de mieux structurer la prise en charge de l’obésité, dont la prévalence augmente, notamment chez les jeunes. Présentée mi-janvier, cette feuille de route triennale fixe quatre grandes priorités : freiner la progression de cette maladie chronique, faciliter l’accès à des soins de proximité et personnalisés, intensifier la formation des professionnels et valoriser les initiatives innovantes. Organisées autour de trois axes – repérage précoce, consolidation des filières territoriales et développement des compétences – huit mesures et vingt-deux actions seront déployées, dont la labellisation de cinq nouveaux centres spécialisés de l’obésité et la mise en place, dès cette année, d’un parcours coordonné renforcé pour les adultes en situation d’obésité complexe. Les professionnels du secteur saluent une impulsion politique claire, mais certains regrettent des avancées jugées insuffisantes sur la prévention environnementale ou le financement des consultations diététiques. Ce plan marque néanmoins une nouvelle étape dans la lutte contre une « épidémie silencieuse » aux lourds impacts sanitaires, économiques et sociaux.
l’Ordre des infirmiers fait campagne
Dans un contexte marqué par la persistance des violences sexistes et sexuelles, l’Ordre national des infirmiers lance une campagne nationale de sensibilisation et de protection des professionnels. Déployée dans les établissements de santé, les cabinets libéraux et les instituts de formation, elle doit briser le silence, mais aussi acculturer les patients, les visiteurs et les professionnels, non sans rappeler que ces violences ne sont ni acceptables ni banales. Les affiches, les messages numériques et les dispositifs de signalement poursuivent un objectif prioritaire : encourager les victimes et les témoins, que ce soit pour parler ou contacter les référents violence formés par l’Ordre. Tolérance zéro, accompagnement juridique et soutien psychologique constituent les axes centraux de cette initiative. « Toute parole ou tout acte déplacé peut entraîner des sanctions disciplinaires et pénales. Les infirmiers ont le droit d’exercer dans un environnement respectueux et sécurisé », martèle l’ONI. Cette initiative s’inscrit dans une mobilisation plus large contre les violences au travail, dont les impacts sont sous-estimés et… sous-déclarés.
Une menace sanitaire sous-estimée
La désinformation en santé connaît une progression rapide, portée par la viralité des réseaux sociaux et une culture scientifique fragile. Dans un rapport indépendant publié début janvier, Mathieu Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve dressent un état des lieux préoccupant : la France traverse une profonde crise informationnelle, dont les impacts sont largement sous-estimés. Ils évoquent notamment son influence néfaste sur les comportements de santé, en particulier chez les patients les plus vulnérables, qui se traduit par des pertes de chance, voire des décès. Au-delà du constat, les trois experts formulent neuf recommandations structurantes, et priorisent le renforcement de l’éducation à l’esprit critique, la création d’un observatoire national de l’information en santé et le déploiement d’un dispositif d’infovigilance pour détecter et analyser les fausses informations. Ces travaux ont inspiré la nouvelle stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, qui repose sur quatre grands axes : consulter et co-construire avec les citoyens, mettre en place un observatoire de la désinformation, déployer une infovigilance opérationnelle et réactive, et construire durablement la confiance. Les ambitions sont clairement affichées : restaurer un espace informationnel fiable, résilient et démocratique.
Le diplôme devient obligatoire
Les assistants de régulation médicale doivent désormais être titulaires du diplôme correspondant pour exercer. Cette nouvelle obligation repose sur deux grands objectifs : renforcer la sécurité de l’accueil et de l’orientation des appels d’urgence, et harmoniser les compétences au sein des services de régulation. Pour les professionnels actuellement en poste, mais non diplômés, plusieurs voies de mise en conformité restent possibles. La formation initiale ou continue constitue le parcours de référence, mais la validation des acquis de l’expérience permet de faire reconnaître une pratique professionnelle déjà établie. Un dispositif transitoire de formation en alternance offre également un parcours accéléré. Les établissements de santé doivent donc identifier rapidement les agents concernés et les inscrire dans les dispositifs prévus. Précision notable : le maintien de personnel non certifié comporte des risques juridiques et règlementaires. Cette réforme marque un tournant pour la profession : elle renforce sa reconnaissance et garantit une homogénéité des compétences. Pour les équipes des SAMU et des SAS, elle représente un levier essentiel pour améliorer la qualité et la sécurité de la régulation médicale.
NB : cette nouvelle obligation est fixée par une instruction de la DGOS publiée fin décembre 2025.
La HAS publie de nouvelles recommandations
La fatigue des professionnels de santé constitue un enjeu majeur pour la sécurité des patients et la qualité des soins. Dans un Flash Sécurité Patient publié en janvier dernier, la Haute Autorité de santé alerte sur les effets délétères de l’épuisement professionnel, pointant notamment une baisse de la vigilance, une altération des performances cognitives ou une augmentation du risque d’erreurs. Selon la HAS, plus de 10 % des événements indésirables associés aux soins sont liés à la charge de travail ou à la fatigue. Pour y faire face, elle formule des recommandations individuelles et organisationnelles. Sur le plan personnel, elle encourage les soignants à reconnaître les signes de fatigue, à favoriser le repos et à solliciter de l’aide dans une culture de sécurité non culpabilisante. Au niveau des organisations, la HAS préconise la co-construction des plannings, la limitation des nuits consécutives, le chevauchement des transmissions ou encore le développement des espaces de repos adaptés. Des outils concrets, tels que des checklists ou des systèmes d’aide à la décision, sont également recommandés. La Haute Autorité de santé est formelle : repenser l’organisation du travail est un investissement essentiel pour préserver la santé physique et mentale des soignants, et garantir des soins sûrs et durables dans un système sous pression.
Réforme infirmière : une mise en œuvre sous tension
La loi infirmière ouvre une refonte profonde du métier, mais sa mise en œuvre traîne en longueur. Malgré la publication du décret socle et de nouvelles annonces ministérielles, syndicats et étudiants dénoncent des retards persistants. Faute de calendrier crédible, la profession brandit la menace d’un mouvement social au printemps. Explications.
La loi infirmière marque un tournant majeur pour la profession, mais sa traduction opérationnelle demeure longue et complexe. La publication récente du décret socle, qui définit dix missions essentielles, ne calme pas les impatiences, ce dont la ministre de la Santé semble avoir pleinement conscience. En déplacement à Taissy, dans la Marne, Stéphanie Rist a détaillé les prochaines étapes règlementaires. Les textes relatifs aux soins et aux prescriptions infirmières, actuellement en concertation avec les syndicats, l’Ordre et les associations, doivent être publiés avant la fin du premier semestre. « Il s’agit de traduire fidèlement la volonté du législateur tout en plaçant la coopération interprofessionnelle au cœur du dispositif », souligne-t-elle. Plusieurs mesures concrètes ont également été annoncées pour renforcer l’accès aux soins : l’accès direct des infirmiers à la prise en charge des plaies et de la cicatrisation, la reconnaissance financière de la consultation infirmière dans le cadre des négociations conventionnelles, ainsi que l’élargissement de la délivrance des kits de dépistage du cancer colorectal, dès le mois de mars, avec une valorisation équivalente aux autres professions concernées. Stéphanie Rist a naturellement évoqué le chantier de la formation en sciences infirmières, qui prévoit une universitarisation du cursus et un investissement de 215 millions d’euros pour ouvrir 5 500 places supplémentaires en IFSI en 2026. « Reconnaître pleinement les compétences des infirmiers, moderniser leur formation et faire évoluer leur cadre d’exercice, c’est un choix politique clair : celui de l’accès aux soins, partout et pour tous », rappelle la ministre.
Ultimatum avant la mobilisation
Les récentes déclarations ministérielles ne suffisent pas à rassurer les représentants des infirmiers libéraux et des étudiants. Dans un communiqué commun, publié début février, la FNI, le SNIIL et la FNESI alertent sur une situation jugée « critique ». En cause : les retards répétés dans la publication des textes règlementaires concernant les évolutions du métier et la réforme de la formation. « Le problème n’est pas un blocage brutal, mais un étirement continu du calendrier règlementaire et conventionnel », dénoncent les trois organisations. Selon les syndicats professionnels, cette absence de visibilité empêche la conclusion des négociations conventionnelles et diffère les revalorisations financières, alors même que les infirmiers libéraux doivent composer avec une hausse des charges, une pression administrative accrue et des tarifs inchangés depuis de nombreuses années. Pour les étudiants, ces lenteurs fragilisent la mise en œuvre des nouvelles maquettes de formation et désorganisent les établissements. Les signataires réclament une clarification rapide et crédible du calendrier règlementaire, la sécurisation des textes nécessaires à l’aboutissement des négociations conventionnelles et la conclusion d’accords avant le 31 mars, afin de garantir des revalorisations applicables dès cette année. A défaut d’engagements clairs, ils annoncent le dépôt d’un préavis de « mouvement social dur » en avril. « Les infirmiers libéraux ne demandent pas du temps supplémentaire, mais de la visibilité, des décisions et des engagements tenus », préviennent-ils. Sans traduction règlementaire et financière rapide, la réforme du métier infirmier risque de rester théorique…
Hugues Rieu

Reportage à l’IFSI du Centre Hospitalier de Troyes, avril 2018.
A propos de l'ANdEP :
L’association Nationale des Directeurs d’Ecoles Paramédicales est une association, fondée en 1997, régie par la loi sur les associations de 1901. Elle regroupe des directeurs issus du secteur public et du secteur privé.
Elle a pour finalité de promouvoir la fonction de directeur d’école paramédicale et de pousser le statut de directeur des soins de la fonction publique hospitalière.

La certification qualité a été délivrée au titre de la catégorie d’actions suivantes :
- - Actions de formation
N° de déclaration d’activité : 75190092119
N° SIRET : 539 715 409 00014
Certificat qualiopi (au titre des actions de formation) :
N° QUA21120026 du 28/02/2025 au 27/02/2028
Sous réserve de l’audit de surveillance.
Nous contacter :
IFSI du Centre Hospitalier de Haute-Corrèze
2 Avenue du Dr Roullet
19200 USSEL
Tel : 06 83 20 28 16










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