Le temps de la preuve

Avec la loi infirmière et les textes publiés depuis un an, une nouvelle étape s’ouvre pour la profession. Nouveau référentiel métier, nouveau diplôme d’État, universitarisation renforcée, consultation infirmière, élargissement des compétences… Les fondations réglementaires sont désormais posées. Mais une réforme de cette ampleur ne se mesure pas à la seule publication de décrets ou d’arrêtés. Elle se jugera dans les salles de cours, sur les terrains de stage, dans les partenariats universitaires et dans la capacité collective à accompagner les futurs professionnels.

La réforme n’entre donc pas dans sa phase d’achèvement, mais dans celle de sa concrétisation. Derrière les textes se trouvent des instituts, des équipes pédagogiques, des universités et des lieux d’apprentissage clinique qui doivent rapidement s’approprier ces mutations. Faire évoluer les organisations, consolider les coopérations, accompagner les étudiants et garantir les ressources nécessaires : le défi est immense. Les dossiers encore en attente ne sont d’ailleurs pas accessoires, qu’il s’agisse de la prescription infirmière, des évolutions conventionnelles, de l’avenir des spécialités ou encore de l’universitarisation. Leur aboutissement conditionnera en grande partie la portée de cette transformation.

Depuis longtemps, l’ANdEP défend une formation davantage ancrée dans l’université, la recherche et le raisonnement clinique. Cette orientation est aujourd’hui engagée. Notre responsabilité est de veiller à ce qu’elle produise tous ses effets. Car une réforme ne se juge pas à l’ambition qu’elle affiche, mais à sa capacité à transformer durablement les pratiques, les parcours et les organisations. L’architecture est en place ; encore faut-il lui donner toute sa force et toute sa cohérence.

La réforme infirmière a quitté le temps des annonces pour entrer dans celui de la preuve. Demain, son succès ne se mesurera ni au nombre de textes publiés ni à l’ampleur des intentions affichées, mais à ce qu’elle aura réellement changé pour les étudiants, les professionnels et les patients. C’est là, au plus près de la formation et des soins, que se jouera sa véritable réussite.