Avenant infirmier : un virage clinique sous tension économique
Signé après neuf mois de négociations, le nouvel avenant infirmier marque une étape structurante pour la profession. Revalorisations tarifaires, consultations infirmières, accès direct aux soins : le texte reconnaît et consolide la dimension clinique du métier. Mais derrière cet accord, les syndicats soulignent des fragilités économiques persistantes.
Le 31 mars dernier, après neuf mois de discussions, l’Assurance Maladie et les trois organisations représentatives des infirmiers libéraux ont signé un nouvel avenant conventionnel. Outre une revalorisation progressive des actes du quotidien*, le texte concrétise plusieurs évolutions inscrites dans la loi de juin 2025. Il fixe notamment les conditions tarifaires de la consultation infirmière**, renforce le statut d’infirmier référent pour les patients les plus fragiles, élargit l’accès direct à certains soins, dont les plaies non chirurgicales, et développe le bilan de soins infirmiers, en particulier pour les personnes dépendantes. Autant de marqueurs qui révèlent un glissement assumé de l’acte technique vers une contribution plus clinique, plus coordonnée et plus lisible dans les parcours. Toutes mesures confondues, cet avenant représente un investissement de 503 millions d’euros sur la période 2026-2029. « Cette signature est un moment important pour notre système de santé. Elle permet de soutenir concrètement la pratique libérale, tout en reconnaissant explicitement son rôle dans l’organisation des soins, notamment au domicile des patients », souligne Thomas Fatôme, directeur général de la CNAM. Même tonalité du côté du gouvernement, qui évoque un enjeu de cohérence avec la réforme en cours. « Cet accord est une étape majeure dans la reconnaissance des missions exercées par les infirmiers. Il revalorise le cœur du métier, consacre la montée en compétences et doit améliorer durablement l’accès aux soins sur tout le territoire », affirme Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées.
Un consensus prudent
Fait notable : les trois syndicats représentatifs ont signé, mais cette unité s’accompagne d’un enthousiasme mesuré. Si cet accord conventionnel solde une longue période de gel tarifaire, il est perçu comme une première étape indispensable. Les responsables syndicaux sont formels : il ne répond pas entièrement aux difficultés économiques rencontrées par les infirmiers libéraux. La FNI assume une signature pragmatique, non sans rappeler l’érosion du revenu net et la hausse des charges. « Cet avenant est imparfait, mais il permet des avancées utiles pour la profession, notamment sur le plan tarifaire. Il reconnaît enfin la réalité de notre métier et sécurise des mesures attendues depuis longtemps », commente Daniel Guillerm, son président. Le SNIIL adopte une position proche : « Nous saluons la reconnaissance de nouvelles compétences, comme les consultations infirmières ou l’accès direct pour certaines plaies, mais les revalorisations obtenues demeurent en-deçà de nos attentes. Nous resterons mobilisés pour garantir une application effective de ce texte et poursuivre les travaux nécessaires. » Plus critique encore, Convergence Infirmière revendique une signature sans illusion et insiste sur son caractère transitoire : « Après dix-sept années sans revalorisation significative de notre lettre-clé, ce compromis ne peut être considéré comme un aboutissement. Nous réclamons toujours des conditions d’exercice économiquement viables. » La signature de cet avenant conventionnel laisse un message clair : le futur de la profession se jouera dans son atterrissage économique et les suites conventionnelles attendues, qui conditionneront la poursuite de la réforme du métier.
Hugues Rieu
(*) AMI et AMX augmenteront de 9,5 % en deux temps, entre novembre 2026 et 2027.
(**) Le tarif de la consultation infirmière sera de vingt euros. Elle sera progressivement déployée entre 2026 et 2028.




