Accompagner les étudiants pour défendre la santé publique

Les évolutions législatives et réglementaires qui réorganisent les métiers de la santé et la prise en soins des patients suscitent nécessairement des interrogations d’ordre éthique au sein de la profession. C’est le cas avec la loi relative au droit de l’aide à mourir, adoptée au mois d’août. Si les infirmiers sont nombreux à soutenir le texte, en se référant à leur expérience quotidienne de l’accompagnement de la souffrance au lit du patient, ils en redoutent néanmoins son application. Ils plaident d’ailleurs pour un renforcement de leur formation initiale et continue sur ces problématiques. En parallèle, l’élargissement des autorisations accordées aux paramédicaux pour accompagner les patients à domicile, et plus largement pour prescrire certains produits et peut-être bientôt détenir des vaccins dans leur cabinet de ville pour les infirmiers, sage-femmes et médecins, contribue au virage domiciliaire et au maintien à domicile des patients. Des nouvelles fonctions qui s’appréhendent et s’organisent pour un accompagnement optimal des patients.Face à ces nouvelles réalités, nos centres de formation infirmiers ne peuvent faire l’impasse sur une adaptation de leurs enseignements afin de former les futurs professionnels de santé à ses nouvelles missions. Ils doivent les accompagner à en comprendre les contours et les enjeux pour notre système de santé, tout en les guidant dans l’analyse de l’intérêt de ces évolutions pour la prise en soins de leurs patients.Avec l’arrivée de l’automne, s’ouvre également la saison de la prévention. La population étudiante, au contact des patients a, elle aussi, besoin d’être protégée contre la grippe saisonnière. Or, comme le rappelle Santé Publique France, la couverture vaccinale contre la grippe est globalement en baisse depuis la crise liée à la Covid-19.Charge à nous, en parallèle des campagnes de santé publique, de leur faire prendre conscience des responsabilités qui sont les leurs vis-à-vis de leurs patients, de leurs collègues et pour la santé publique en générale.

La HAS favorable au stockage des vaccins par les infirmiers, sage-femmes et médecins

La Direction générale de la santé (DGS) a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) le 30 juillet 2026 afin d’obtenir son avis sur un projet de décret en Conseil d’État qui fixe les conditions dans lesquelles les médecins, sage-femmes et infirmiers exerçant à titre libéral, ainsi que les centres de santé, peuvent s’approvisionner et détenir des vaccins en vue de leur administration aux personnes ciblées par les recommandations vaccinales du calendrier des vaccinations. Il prévoit, dans une première phase de déploiement, de limiter ce dispositif aux vaccins contre la grippe saisonnière et contre la Covid-19. Pour la HAS, ce texte s’inscrit dans un objectif de simplification du parcours vaccinal et d’amélioration de l’accès à la vaccination des personnes ciblées par les recommandations vaccinales. Ce projet fait écho à ses travaux récents relatifs à la vaccination contre la grippe saisonnière, dans lesquels elle a rappelé l’importance de renforcer la couverture vaccinale des professionnels au contact des personnes à risque de forme sévère de grippe et recommandé la mise en place d’une obligation vaccinale annuelle contre la grippe. Elle émet donc un avis favorable au texte. L’Ordre national des infirmiers (ONI) se félicite de cet avis de la HAS. Il estime que cette évolution constitue une avancée importante pour faciliter l’organisation de la vaccination au plus près des patients et renforcer l’accès à la prévention sur l’ensemble du territoire. Cette mesure s’inscrit, selon l’ONI, pleinement dans l’évolution de leurs compétences.

Le droit de prescription des kinésithérapeutes élargi

Un arrêté du 14 septembre 2026 fixe la liste des produits de santé que les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire. Comme l’explique l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, jusqu’à présent, leurs possibilités de prescription étaient limitées à une liste de dispositifs médicaux fixée en 2006. Le nouvel arrêté modernise ce cadre en élargissant très significativement la liste des produits de santé pouvant être prescrits. Il ouvre notamment la prescription de nombreux dispositifs destinés à favoriser l’autonomie des patients, à améliorer leur rééducation, leur prise en charge respiratoire ou encore leur maintien à domicile (lit médicalisé, aides au transfert, orthèses, chaussures thérapeutiques, dispositifs de rééducation spécialisés, dispositifs respiratoires, matériel de cryothérapie). Pour la première fois, il autorise également les kinésithérapeutes à prescrire certains médicaments directement en lien avec leur exercice professionnel, parmi lesquels les antalgiques de palier I et les myorelaxants (hors formes injectables), les mucolytiques et certains antiseptiques locaux. Cette évolution permet, d’après l’Ordre, de simplifier le parcours des patients et renforce la cohérence des prises en charge en permettant aux kinésithérapeutes de prescrire les produits de santé nécessaires à l’exercice de leurs compétences.

Aide à mourir : les soignants dans l’attente d’éclaircissements

La MACSF a rendu publics courant septembre, les résultats de son enquête* menée auprès de 1775 médecins et infirmiers sur la loi relative au droit à l’aide à mourir. Elle partage ainsi une analyse de leur positionnement, de leurs attentes et de leurs inquiétudes face à cette réforme.

La loi du 18 août 2026 a formalisé le principe d’un droit à l’aide à mourir. Cette dernière est conditionnée au respect de critères stricts tels que l’âge, la résidence, une affection grave et incurable en phase avancée/terminale, des souffrances insupportables et une aptitude à manifester sa volonté. Pour autant, son application suscite de nombreuses interrogations de la part des acteurs de santé. Comme le révèle l’enquête de la MACSF, 65 % des médecins et des infirmiers estiment que les conditions légales permettant de recourir à l’aide à mourir ne sont pas suffisamment précises. La demande de clarification dépasse les clivages puisque même les soignants favorables au texte de loi la sollicitent. 60 % des professionnels considèrent également que la procédure n’est pas suffisamment collégiale. Une large majorité d’entre eux appelle à renforcer le cadre collectif afin d’éviter qu’une responsabilité aussi lourde ne repose de manière isolée sur le médecin référent. Enfin, l’enquête de la MACSF révèle que la question de savoir si l’aide à mourir relève d’un acte de « soin » suscite des réserves éthiques, de nombreux soignants estimant qu’il s’agit d’un acte spécifique distinct du parcours de soins traditionnel.
Un clivage entre médecins et infirmiers
L’étude fait par ailleurs état de divisions profondes qui ne dépendent ni de l’âge ni du mode d’exercice, mais bien de la profession. Ainsi, 63 % des médecins sont opposés à l’aide à mourir. Ils adoptent une position très réservée, fondée sur des principes éthiques et déontologiques. 59 % jugent le cadre de la loi Leonetti suffisant, estimant que la priorité doit être donnée au renforcement des soins palliatifs et des moyens hospitaliers plutôt qu’à la création d’un nouveau droit. En revanche, 71 % des infirmiers sont favorables au texte de loi. Ils s’appuient sur leur expérience quotidienne de l’accompagnement de la souffrance au lit du patient. Ils sont 63 % à estimer que la loi Leonetti est aujourd’hui insuffisante pour répondre à certaines détresses physiques ou psychologiques extrêmes. Pour rappel, la loi du 26 mai 2026 vise, elle, à garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs
Pratiques et limites
L’étude dessine par ailleurs une frontière très nette entre la mission d’évaluation de la demande et l’implication du soignant dans l’acte létal. Ainsi, une très large majorité de soignants accepte de recueillir la demande du patient (80 %) et d’évaluer sa situation (78 %), ce qui témoigne d’un fort engagement dans l’écoute.Cependant, les répondants manifestent un refus massif de participer ou d’assister à l’acte létal. Seuls 47 % des répondants accepteraient d’être présents lors de l’administration du produit, 45 % de participer directement à la décision, 26 % accepterait d’assurer l’administration directe de la substance létale et 23 % sa prescription. Ainsi, si la loi pose le principe de l’auto-administration de la substance par le patient, le choix du mode d’administration et le rôle actif du soignant restent une zone de tension majeure, y compris au sein des équipes favorables au projet.
Protections, clause de conscience et risques perçus
Sur le plan de la responsabilité professionnelle et humaine, les inquiétudes des soignants s’expriment avec force puisque 95 % d’entre eux (97 % des infirmiers et 93 % des médecins) exigent une protection juridique renforcée.
Les principales inquiétudes reposent sur le risque de pressions explicites ou implicites exercées par l’entourage/la famille (73 %) et sur la charge émotionnelle considérable pour les soignants (63 %). Les répondants craignent que l’aide à mourir ne devienne une réponse palliative par défaut aux carences du système de santé.
Des points de consensus des professionnels de santé
Malgré des avis partagés sur l’opportunité de la loi, les professionnels de santé s’accordent à 100 % sur cinq exigences incontournables :
développer massivement les soins palliatifs et la prise en charge de la douleur /
garantir un accès équitable aux soins de fin de vie sur tout le territoire ;
renforcer la formation initiale et continue des soignants sur ces problématiques ;
assurer un cadre de décision réellement collégial et sécurisé ;
préserver et garantir la liberté de conscience de chaque soignant sans délit d’entrave ou pression administrative.

*Enquête réalisée en ligne du 8 au 16 juillet 2026 auprès de 1 775 médecins et infirmiers sociétaires de la MACSF âgés de 30 à 60 ans (45 % d’infirmiers, 22 % de médecins généralistes, 33 % de médecins spécialistes).

Les vaccinations contre la grippe saisonnière en baisse

Santé Publique France a publié dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du 15 septembre une étude portant sur l’évolution des couvertures vaccinales (CV) nationales contre la grippe saisonnière chez les personnes à risque et les professionnels de santé en France entre 2007 et 2025, deux catégories de population pour qui la vaccination est recommandée. Ces CV contre la grippe ont été estimées pour les personnes de 65 ans et plus, les personnes à risque de moins de 65 ans, pour les résidents et les professionnels exerçant en Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), les professionnels exerçant en établissement de santé, ainsi que pour les femmes enceintes. L’étude révèle que les CV contre la grippe sont insuffisantes et marquées par les inégalités sociales et territoriales de santé. En 2024-2025, les CV étaient notamment de 53,7% pour les personnes de 65 ans et plus, de 82,7% pour les résidents en Ehpad, de 25,3% pour les personnes à risque de moins de 65 ans, de 24,2% pour les professionnels de santé exerçant en Ehpad (34,2% pour les infirmiers et 19,3% pour les aides-soignants). Les CV contre la grippe sont globalement en baisse depuis la crise liée à la Covid-19. Les auteurs de Santé Publique France concluent à la nécessité de renforcer les actions pour accompagner les campagnes de vaccination.

L’organisation des Idel et des kinésithérapeutes détaillée par l’Observatoire Fiducial

L’observatoire Fiducial des infirmiers libéraux, rendu public mi-septembre, partage chaque année les chiffres clés ainsi que des indicateurs de gestion issus du secteur pour comprendre les nouveaux enjeux de la profession. Ainsi, en 2026, les cabinets d’infirmiers libéraux poursuivent la progression de leur activité, portée par la hausse des honoraires de 1,5 % par rapport à l’année précédente. Cette dynamique est toutefois freinée par l’augmentation des charges d’exploitation qui pèsent sur leur rentabilité et se traduit par un léger recul du résultat d’exploitation : 47 767 euros en 2026 contre 48 607 euros en 2025. L’observatoire met en évidence une profession qui conserve des fondamentaux organisationnels solides, malgré un contexte économique plus contraint. La profession conserve un ancrage territorial homogène avec une répartition quasiment égale entre l’exercice en zone rurale (51%) et en zone urbaine (49%).Le même travail a été mené pour l’activité des masseurs-kinésithérapeutes libéraux. Leurs honoraires ont progressé de 1,7 %, ce qui traduit une activité toujours soutenue. Dans le même temps, les charges d’exploitation demeurent globalement stables et maîtrisées, ce qui permet une amélioration de la rentabilité moyenne des cabinets fixée à 49 992 euros en 2026 contre 48 506 euros en 2025. La répartition géographique des praticiens poursuit son évolution, avec une progression continue de la part des cabinets implantés en zone rurale au cours des quatre dernières années.
Cette tendance témoigne d’un renforcement progressif de la présence des masseurs-kinésithérapeutes libéraux sur l’ensemble du territoire.