Aide à mourir : les soignants dans l’attente d’éclaircissements

La MACSF a rendu publics courant septembre, les résultats de son enquête* menée auprès de 1775 médecins et infirmiers sur la loi relative au droit à l’aide à mourir. Elle partage ainsi une analyse de leur positionnement, de leurs attentes et de leurs inquiétudes face à cette réforme.

La loi du 18 août 2026 a formalisé le principe d’un droit à l’aide à mourir. Cette dernière est conditionnée au respect de critères stricts tels que l’âge, la résidence, une affection grave et incurable en phase avancée/terminale, des souffrances insupportables et une aptitude à manifester sa volonté. Pour autant, son application suscite de nombreuses interrogations de la part des acteurs de santé. Comme le révèle l’enquête de la MACSF, 65 % des médecins et des infirmiers estiment que les conditions légales permettant de recourir à l’aide à mourir ne sont pas suffisamment précises. La demande de clarification dépasse les clivages puisque même les soignants favorables au texte de loi la sollicitent. 60 % des professionnels considèrent également que la procédure n’est pas suffisamment collégiale. Une large majorité d’entre eux appelle à renforcer le cadre collectif afin d’éviter qu’une responsabilité aussi lourde ne repose de manière isolée sur le médecin référent. Enfin, l’enquête de la MACSF révèle que la question de savoir si l’aide à mourir relève d’un acte de « soin » suscite des réserves éthiques, de nombreux soignants estimant qu’il s’agit d’un acte spécifique distinct du parcours de soins traditionnel.
Un clivage entre médecins et infirmiers
L’étude fait par ailleurs état de divisions profondes qui ne dépendent ni de l’âge ni du mode d’exercice, mais bien de la profession. Ainsi, 63 % des médecins sont opposés à l’aide à mourir. Ils adoptent une position très réservée, fondée sur des principes éthiques et déontologiques. 59 % jugent le cadre de la loi Leonetti suffisant, estimant que la priorité doit être donnée au renforcement des soins palliatifs et des moyens hospitaliers plutôt qu’à la création d’un nouveau droit. En revanche, 71 % des infirmiers sont favorables au texte de loi. Ils s’appuient sur leur expérience quotidienne de l’accompagnement de la souffrance au lit du patient. Ils sont 63 % à estimer que la loi Leonetti est aujourd’hui insuffisante pour répondre à certaines détresses physiques ou psychologiques extrêmes. Pour rappel, la loi du 26 mai 2026 vise, elle, à garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs
Pratiques et limites
L’étude dessine par ailleurs une frontière très nette entre la mission d’évaluation de la demande et l’implication du soignant dans l’acte létal. Ainsi, une très large majorité de soignants accepte de recueillir la demande du patient (80 %) et d’évaluer sa situation (78 %), ce qui témoigne d’un fort engagement dans l’écoute.Cependant, les répondants manifestent un refus massif de participer ou d’assister à l’acte létal. Seuls 47 % des répondants accepteraient d’être présents lors de l’administration du produit, 45 % de participer directement à la décision, 26 % accepterait d’assurer l’administration directe de la substance létale et 23 % sa prescription. Ainsi, si la loi pose le principe de l’auto-administration de la substance par le patient, le choix du mode d’administration et le rôle actif du soignant restent une zone de tension majeure, y compris au sein des équipes favorables au projet.
Protections, clause de conscience et risques perçus
Sur le plan de la responsabilité professionnelle et humaine, les inquiétudes des soignants s’expriment avec force puisque 95 % d’entre eux (97 % des infirmiers et 93 % des médecins) exigent une protection juridique renforcée.
Les principales inquiétudes reposent sur le risque de pressions explicites ou implicites exercées par l’entourage/la famille (73 %) et sur la charge émotionnelle considérable pour les soignants (63 %). Les répondants craignent que l’aide à mourir ne devienne une réponse palliative par défaut aux carences du système de santé.
Des points de consensus des professionnels de santé
Malgré des avis partagés sur l’opportunité de la loi, les professionnels de santé s’accordent à 100 % sur cinq exigences incontournables :
développer massivement les soins palliatifs et la prise en charge de la douleur /
garantir un accès équitable aux soins de fin de vie sur tout le territoire ;
renforcer la formation initiale et continue des soignants sur ces problématiques ;
assurer un cadre de décision réellement collégial et sécurisé ;
préserver et garantir la liberté de conscience de chaque soignant sans délit d’entrave ou pression administrative.

*Enquête réalisée en ligne du 8 au 16 juillet 2026 auprès de 1 775 médecins et infirmiers sociétaires de la MACSF âgés de 30 à 60 ans (45 % d’infirmiers, 22 % de médecins généralistes, 33 % de médecins spécialistes).