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Privés de cours, de ressources et de vie sociale, les étudiants sont à l’agonie. Au-delà du constat, très largement partagé, le CNA Santé* formule dix propositions concrètes pour sortir de l’ornière.

Certaines d’entre elles pourraient être appliquées immédiatement, sans ressources financières particulières. Parmi elles, citons le respect du temps de travail, la répression des actes de maltraitance ou encore le retour de tous les étudiants à l’université, quitte à privilégier les enseignements à l’extérieur. Toutes aussi urgentes, d’autres propositions nécessiteront des financements plus conséquents. Le CNA Santé suggère notamment de renforcer massivement les aides sociales, d’aider financièrement les structures d’accompagnement des étudiants et de former les tuteurs en conséquence. Il préconise également la mise en place d’une véritable politique de prévention des risques psycho-sociaux et des suicides.

(*) Centre national d’appui à la qualité de vie des étudiants en santé – CNA Santé.

Une nouvelle fois mobilisés, les étudiants en soins infirmiers bénéficieront d’une prime exceptionnelle, variable selon leur niveau d’étude.

Fixé sur la base d’une durée de stage de 35 heures par semaine, le montant de cette indemnité hebdomadaire atteindra 98,50 euros en deuxième année et 86,50 euros en troisième année. Elle perdurera tout au long de l’état d’urgence sanitaire. Financée sur les crédits de l’assurance maladie, elle doit être versée par l’ARS dont relève l’établissement avant la fin de l’année… ou un mois après la fin du stage, au plus tard.

Le coût total de cette opération est estimé à vingt millions d’euros par le ministère de la Santé et des Solidarités. Au-delà de cette seule mesure, leurs indemnités de stage* seront prochainement revalorisées à hauteur de 20 %. Prévue par le Ségur de la santé, cette disposition entrera en vigueur le 1er janvier prochain. Elle s’appliquera à tous les apprentis infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, manipulateurs en électroradiologie médicale et ergothérapeutes.

(*) Hors primes exceptionnelles, les indemnités de stage des étudiants en soins infirmiers sont actuellement plafonnées à 40 euros par semaine en deuxième année. Elles atteignent 50 euros en troisième année.

En Bretagne, 1025 étudiants en soins infirmiers et 682 élèves aides-soignants vont bénéficier d’une prime forfaitaire de 500 euros allouée par le Conseil régional, via les crédits du PRIC* et de l’ARS.

Cette aide exceptionnelle récompensera leur engagement auprès des personnels soignants durant leur période de stage. Complémentaire des indemnités et des bourses attribuées par la région, ce « bonus » sera versé par leur institut de formation au cours du mois de juin. Une condition toutefois : les étudiants éligibles auront dû faire partie d’un service engagé dans la lutte contre la pandémie ou auront dû être redéployés pour renforcer les effectifs d’un établissement hospitalier, d’un établissement médico-social ou d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes pendant au moins quatre semaines… entre le 1er avril et le 31 mai.

(*) Pacte régional d’investissement dans les compétences – PRIC.

L’Ile-de-France est la région française la plus touchée par le Covid-19. Pour pallier le manque de moyens humains, le ministère du Travail vient de débloquer une enveloppe exceptionnelle de 18 millions d’euros.

Elle permettra de recruter 9 000 étudiants infirmiers, soit 4 500 dans les hôpitaux de l’AP-HP et 4 500 dans les autres hôpitaux publics et privés franciliens. Concrètement, les indemnités de stage seront revalorisées à hauteur de 1 400 euros par mois, contrairement aux normes habituellement en vigueur (112 euros par mois en première année, 152 euros par mois en deuxième année, 200 euros par mois en troisième année).

Autre région sinistrée, le Grand Est a reçu 11 millions d’euros. Cette somme contribuera également à revaloriser les indemnités de stage des 6 600 élèves infirmiers et des 1 600 élèves aides-soignants* déjà mobilisés sur le terrain. Ils percevront respectivement 1 400 et 1 000 euros par mois.

Pour accompagner un personnel soignant débordé, le ministère du Travail aura donc choisi de prélever 29 millions d’euros sur les crédits du plan d’investissement dans les compétences (PIC).

Si l’ANdEP salut le geste, elle regrette cependant que ce soutien financier se limite pour l’instant à quelques territoires, et non à l’ensemble du pays.

(*) En temps normal, les apprentis aides-soignants ne perçoivent aucune indemnité de stage.

Universitarisation, service sanitaire, modernisation du système de santé… Le secteur sanitaire et paramédical connait cette année une évolution sans précédent.

A l’origine de ces changements : le début de mandat d’un nouveau président, qui apporte son lot de réformes, mais aussi le travail de fond mené par les associations et les corps intermédiaires. Retour sur les principales mesures.

Le processus d’universitarisation des formations aux métiers de santé a attendu 2018 pour monter plusieurs marches. Portée par les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur, cette réforme doit permettre, entre autres, aux étudiants des IFSI de bénéficier d’un vrai statut d’étudiant et des droits qui l’accompagnent. Elle doit aussi rendre possible, à terme, la création de postes d’enseignants-chercheurs issus des filières de rééducation et de maïeutique. Elle change enfin les modalités d’admission dans les IFSI, avec des inscriptions via Parcoursup, qui viennent se substituer aux concours d’admission.

Les étudiants sont particulièrement concernés par les réformes en cours. Outre l’universitarisation, l’intégration du service sanitaire dans les cursus constitue un bouleversement majeur. Installée au pas de course, grâce à la mobilisation des rectorats, des ARS, des universités et des instituts de formation, cette parenthèse de six semaines au sein des études médicales, pharmaceutiques et maïeutique doit concerner 47 000 étudiants dès la rentrée 2018. Sa mise en application définitive doit se faire au cours de l’année 2018-2019.

Des changements dans les professions impliquent bien sûr des changements dans les formations. La mise en place des infirmières en pratique avancée (IPA) en constitue un aspect important. Il s’agit d’une nouvelle voie d’évolution possible pour des infirmières ayant trois ans d’expérience, qui sera reconnue par un diplôme d’Etat d’infirmier en pratique avancée et par un grade de master délivré par l’université.
Les textes ont été signés en juillet. Parmi les changements, on trouve notamment la possibilité pour les IPA de pratiquer des renouvellements d’ordonnances. Mais les points mentionnés par le texte de loi sont bien plus larges : «L’exercice de compétences habituellement dévolues aux médecins par des professionnels paramédicaux, qui pourra permettre une amélioration de l’accès aux soins et un meilleur service rendu aux usagers atteints de maladies chroniques […] les IPA disposeront de compétences élargies, à l’interface de l’exercice infirmier et de l’exercice médical.»

Ces trois points constituent des évolutions significatives dans les formations du secteur paramédical. Mais ils ne sont pas seuls. Parmi les autres chantiers en cours, citons la question du bien-être des étudiants, par exemple, qui est étudiée de près, notamment depuis la remise d’un rapport du Dr Donata Mara et la publication des 9 engagements pour la qualité de vie des stagiaires paramédicaux par la Fédération hospitalière de France.

Pour finir, le vieillissement, élément central de la dynamique démographique française, fera également l’objet d’une partie importante de la stratégie nationale de santé, qui aurait dû paraître au mois de juillet.

La rentrée 2018 sera donc riche en nouveautés et, espérons-le, constituera un bond vers une amélioration globale du système de santé.

Sur la base du constat de difficultés importantes, émanant à la fois d’enquêtes des associations étudiantes, et de la littérature internationale, Agnès Buzyn et Frédérique Vidal, ont confié une mission au Dr Donata Marra, qui depuis 2016 préside et anime le BIPE (Bureau Interface Professeurs Étudiants) de l’Université Paris 6. Le BIPE est une structure qui accompagne les étudiants pendant leurs études de médecine et, si besoin, les évalue et les oriente vers des structures d’aides qui contribuent à l’épanouissement de ces futurs soignants dans leurs études.
L’analyse et les propositions du rapport du Dr Marra ont permis d’élaborer 15 engagements.

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