Articles

Privés de cours, de ressources et de vie sociale, les étudiants sont à l’agonie. Au-delà du constat, très largement partagé, le CNA Santé* formule dix propositions concrètes pour sortir de l’ornière.

Certaines d’entre elles pourraient être appliquées immédiatement, sans ressources financières particulières. Parmi elles, citons le respect du temps de travail, la répression des actes de maltraitance ou encore le retour de tous les étudiants à l’université, quitte à privilégier les enseignements à l’extérieur. Toutes aussi urgentes, d’autres propositions nécessiteront des financements plus conséquents. Le CNA Santé suggère notamment de renforcer massivement les aides sociales, d’aider financièrement les structures d’accompagnement des étudiants et de former les tuteurs en conséquence. Il préconise également la mise en place d’une véritable politique de prévention des risques psycho-sociaux et des suicides.

(*) Centre national d’appui à la qualité de vie des étudiants en santé – CNA Santé.

L’ONI, l’Institut et Haute Ecole de la Santé La Source de Lausanne et l’Université Libre de Bruxelles viennent de lancer une grande étude longitudinale auprès des infirmiers français, suisses et belges.

L’objectif consiste notamment à identifier les « facteurs protecteurs » sur lesquels la profession peut s’appuyer en période de crise. Il consiste également à proposer des solutions adaptées pour préserver la santé et le bien-être des infirmiers. Un bilan quantitatif et qualitatif sera effectué dans deux ans, à l’issue de la phase d’enquête.

En pleine détresse psychologique, la profession subit les affres de la pandémie. Selon l’ONI, cette situation tient essentiellement à un manque criant d’effectifs, à une charge de travail toujours plus lourde et à des conditions d’exercice dégradées. En octobre dernier (voir notre article), 57 % des infirmiers se disaient en situation d’épuisement professionnel. Un phénomène largement aggravé par la crise sanitaire.

 

En Occitanie, les personnes nouvellement contaminées se voient proposer la visite d’une infirmière libérale à domicile pour optimiser les conditions de la septaine.

Lancé fin janvier, le dispositif est déclenché avec l’accord du patient, dans un délai de vingt-quatre heures suivant la confirmation du diagnostic. Ce service est totalement gratuit pour les requérants. L’acte pourra néanmoins être facturé par les professionnels à l’assurance maladie. Il sera rémunéré à hauteur de 22,64 euros.

En contrepartie, les infirmiers libéraux seront notamment chargés de relayer les messages de santé publique et de prévention. Ils devront également expliquer les consignes d’isolement et rappeler les gestes barrières à adopter. Ils devront par ailleurs identifier les situations de vulnérabilité et les besoins éventuels. Si nécessaire, ils pourront dépister les autres membres du foyer. Dans tous les cas, ils devront informer le médecin traitant du patient concerné.

Mise en place par l’URPS et l’ARS, une plate-forme régionale permet aux infirmiers volontaires de se signaler pour faciliter l’organisation des visites.

Les professions paramédicales sont au bord de la rupture : telle est la principale conclusion d’une étude publiée mi-janvier par la Caisse autonome de retraite et de prévoyance des auxiliaires médicaux*.

Issues des questionnaires remplis par 12 671 affiliés entre la fin juin et la mi-juillet, les données finalement présentées en début d’année sont alarmantes. Deux chiffres-clés révèlent un profond mal-être : 40 % des répondants présentent un niveau d’épuisement sévère ; 37,8 % se disent également victimes d’un hyper-stress.

Tout aussi inquiétant, plus de la moitié des personnes interrogées expriment un sentiment de non-accomplissement personnel. Autre enseignement majeur de cette analyse, les infirmiers libéraux font partie des métiers les plus exposés aux risques psycho-sociaux. Au-delà du constat, la Carpimko veut engager une vaste réflexion sur la prévention de l’usure professionnelle et la mise en place d’une fin de carrière aménagée.

(*) « Etude sur la pénibilité de l’exercice professionnel des praticiens de santé affiliés à la Carpimko », Carpimko/Stimulus (novembre 2020).

Malgré l’urgence sanitaire, la campagne de vaccination démarre (très) lentement en France. Outre la faible disponibilité des produits, le niveau de défiance reste élevé. Certains événements imprévus pourraient également perturber le bon déroulement des opérations.

Un démarrage poussif. Alors que le virus redouble d’intensité, moins de 250 000 personnes avaient reçu une première injection à la mi-janvier (1). Au regard de sa population totale, la France figurait parmi les plus mauvais élèves de l’UE, selon un décompte récemment effectué par l’AFP. Elle occupait alors la dernière place d’un classement peu valorisant, derrière la Belgique (0,22 %) et les Pays-Bas (0,21 %). A l’inverse, les Danois (2 %), les Italiens (1,17 %) et les Espagnols (0,87 %) étaient beaucoup mieux partis (2).
Sous le feu des critiques, le gouvernement français a revu sa copie. Il s’est notamment fixé de nouveaux objectifs : un million de vaccinations en janvier et quatorze millions avant l’été. A titre de comparaison, le Royaume-Uni fera probablement mieux dans quatre semaines (3). Pour augmenter la cadence, l’exécutif renforce son dispositif. 500 à 600 centres de vaccination seront ouverts d’ici à la fin du mois. Les médecins libéraux seront également mis à contribution dès le 18 janvier. Une date qui coïncide avec l’extension de la vaccination aux plus de 75 ans (4).

Des contraintes multiples

Malgré ces bonnes intentions, la problématique de la disponibilité des vaccins reste entière. Le gouvernement bénéficie d’un stock potentiel de 225 millions de doses provenant de six laboratoires différents. Une capacité globale qui doit lui permettre de vacciner 130 millions de personnes. Problème de taille, quatre candidats-vaccins n’ont pas encore été approuvés. Récemment autorisé, celui de Moderna ne sera pas déployé avant la fin du mois. Dans l’immédiat, les pouvoirs publics doivent donc composer avec le seul Comirnaty® (Pfizer/BioNTech). Précision de circonstance : 1,5 million de doses ont été livrées sur les 49 millions commandées. Pour rappel, tous les produits en développement nécessiteront deux injections, exception faite du vaccin mis au point par Janssen.
Au-delà des retards de livraison, des lenteurs administratives et des choix stratégiques, notamment en matière d’organisation, la campagne vaccinale est également mise à mal par des contraintes logistiques fortes. Des règles très strictes ont été imposées par les industriels pour garantir l’intégrité des produits (- 80 °C pour le vaccin Pfizer/BioNTech et – 20 °C pour le vaccin Moderna). Outre les accidents liés à la manipulation des flacons, le non-respect de la chaîne du froid va générer des pertes importantes. Selon les estimations du gouvernement, elles pourraient atteindre 30 %. En cours d’homologation par l’Agence européenne du médicament, le vaccin d’AstraZeneca pourrait toutefois lever cette barrière. Il sera soumis à des conditions de conservation plus classiques, soit entre 2 °C et 8 °C.

Des facteurs imprévisibles

Couplée à l’arrivée d’un vaccin plus traditionnel et plus facilement conservable, la participation des infirmiers, des pharmaciens et des biologistes pourrait renforcer la confiance du grand public, plutôt réticent à l’égard des produits basés sur l’ARN messager. Selon un récent sondage (5), 56 % des personnes interrogées avaient l’intention de se faire vacciner. Les plus optimistes y verront une progression de onze points par rapport au mois dernier. Les plus pessimistes relèveront qu’il s’agit d’un chiffre encore très élevé. En règle générale, la crainte des effets secondaires et le manque de recul sur les technologies utilisées sont les deux principaux freins évoqués par les vaccino-septiques.
Autre menace sur le bon déroulement de la campagne vaccinale : la présence confirmée du variant britannique sur le territoire français. Selon l’institut de santé public anglais, cette nouvelle forme serait 50 % plus contagieuse, posant ouvertement la question de la contamination entre deux injections, faute d’une protection suffisante. Une difficulté de taille qui pourrait également accélérer la propagation du virus et faire rougir tous les indicateurs de gravité, à commencer par le taux de saturation des établissements hospitaliers. Seule certitude relative, l’efficacité du vaccin n’a pas (encore) été remise en cause. Une nouvelle confirmée par l’EMA qui poursuit néanmoins ses investigations. Indépendamment des résultats obtenus, le chemin de la guérison sera encore long. L’OMS est catégorique : l’immunité populationnelle ne sera pas atteinte en 2021…

 

(1) Selon la Direction générale de la santé, 247 167 personnes avaient été vaccinées le 13 janvier dernier.

(2) Décompte effectuée par l’AFP le 12 janvier dernier.

(3) Le gouvernement britannique compte franchir le cap des 15 millions de vaccinations à la mi-février.

(4) Sont actuellement éligibles à la vaccination : les résidents des Ehpad et des unités de soins de longue durée ; les soignants, les aides à domicile et les pompiers âgés de plus de cinquante ans et/ou présentant des comorbidités ; les personnes handicapées vulnérables prises en charge dans les foyers d’accueil médicalisés et les maisons d’accueil spécialisées.

(5) « Réaction des Français à la conférence de presse de Jean Castex », Harris Interactive/LCI (janvier 2021). Sondage en ligne réalisé sur un échantillon de 1439 personnes, selon la traditionnelle méthode des quotas.

Une nouvelle fois mobilisés, les étudiants en soins infirmiers bénéficieront d’une prime exceptionnelle, variable selon leur niveau d’étude.

Fixé sur la base d’une durée de stage de 35 heures par semaine, le montant de cette indemnité hebdomadaire atteindra 98,50 euros en deuxième année et 86,50 euros en troisième année. Elle perdurera tout au long de l’état d’urgence sanitaire. Financée sur les crédits de l’assurance maladie, elle doit être versée par l’ARS dont relève l’établissement avant la fin de l’année… ou un mois après la fin du stage, au plus tard.

Le coût total de cette opération est estimé à vingt millions d’euros par le ministère de la Santé et des Solidarités. Au-delà de cette seule mesure, leurs indemnités de stage* seront prochainement revalorisées à hauteur de 20 %. Prévue par le Ségur de la santé, cette disposition entrera en vigueur le 1er janvier prochain. Elle s’appliquera à tous les apprentis infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, manipulateurs en électroradiologie médicale et ergothérapeutes.

(*) Hors primes exceptionnelles, les indemnités de stage des étudiants en soins infirmiers sont actuellement plafonnées à 40 euros par semaine en deuxième année. Elles atteignent 50 euros en troisième année.

Selon Olivier Véran, la troisième vague épidémique pourrait être celle de la santé mentale. Pour mieux mesurer l’ampleur du phénomène, France Assos Santé vient de lancer une étude sur les conséquences psychiques de la crise et ses répercussions sur le suivi des pathologies chroniques*.

Cette organisation inter-associative sollicite 10 000 volontaires pour répondre – une fois par mois – à un questionnaire en ligne autour de trois sujets clés : l’anxiété, la prise en charge et la vie courante. Cette initiative doit notamment permettre d’éclairer les décideurs sur les impacts psychologiques à long terme de la pandémie dans la société française. Un bilan détaillé sera effectué à l’issue de l’enquête… en mai 2022. Des résultats préliminaires seront toutefois présentés un an avant l’échéance.

Les premiers enseignements de la phase pilote, menée auprès de 2 000 participants pendant le premier confinement, laissent craindre le pire. A la suite d’un rendez-vous médical déprogrammé, 78,9 % des répondants ont ressenti une forme d’anxiété ; 68 % ont constaté une prise en charge dégradée. Des chiffres significatifs qui méritent encore confirmation. « Il s’agit d’une tendance et non d’une preuve robuste, en raison de la faiblesse du nombre de réponses colligées », nuance France Assos Santé.

(*) Voir : https://www.vivre-covid19.fr/

Les dernières prévisions de l’exécutif sont alarmistes : le déficit de la Sécurité sociale devrait atteindre 52,2 milliards d’euros en 2020… au mieux !

Les investissements pressentis dans le cadre du « Ségur de la santé » pourraient encore alourdir la facture, tout comme la création d’une cinquième branche, destinée à financer la perte d’autonomie et le grand âge. Prise en tenaille entre la baisse des recettes et la forte hausse des charges, la branche maladie pourrait afficher un déficit de 31,1 milliards, selon la CCSS*.

Achats de masques et de matériels, primes et heures supplémentaires, arrêts de travail, tests de dépistage… Le coût des mesures exceptionnelles liées à la crise sanitaire est estimé à 12 milliards d’euros, en partie compensé par une diminution notable des dépenses de soins en ville, évaluée à 4 milliards.

Pour absorber le choc, le gouvernement entend notamment transférer plus de 130 milliards d’euros de passif vers la CADES**, dont la durée de vie serait prolongée jusqu’en 2033.

(*) Commission des comptes de la Sécurité sociale – CCSS.
(**) Caisse d’amortissement de la dette sociale – CADES.

Regroupés au sein de l’Association Nationale des Directeurs d’École paramédicale, les représentants du secteur de la formation n’ont pas été conviés au Ségur de la santé. En dépit d’une absence qu’ils jugent « dommageable et contre-productive », ils souhaitent néanmoins partager leurs pistes de réflexion.

Toutes filières confondues, dans le public comme dans le privé, les directeurs des instituts de formation paramédicale sont des « partenaires légitimes » du système de soins. Mis au ban du Ségur de la santé, une vaste concertation qui réunira pendant plusieurs semaines près de 300 acteurs du secteur, ils n’en restent pas moins des « interlocuteurs privilégiés » des agences régionales de santé et des structures de soins, mais aussi de l’éducation nationale, des associations étudiantes, des conseils régionaux ou des directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale.

Parmi les grands axes stratégiques retenus par les pouvoirs publics, la reconnaissance des soignants sera naturellement « un sujet central ». L’ANdEP approuve et soutient les mesures visant à revaloriser les salaires de « tous les professionnels qui œuvrent au service de la nation ». La réflexion devra néanmoins être prolongée au-delà de la seule rémunération :
« Nous pensons qu’il convient de mettre fin à la dichotomie ancestrale entre les professions médicales et paramédicales. Nous proposons ainsi de supprimer l’appellation « auxiliaires médicaux » du Code de la santé publique. »

Moteur du changement systémique actuellement en discussion, le chantier de la formation ne doit pas être relégué au second plan : « Une représentation des directeurs d’institut de formation au sein de la gouvernance du système de santé serait tout à fait appropriée. » A tout le moins, une évolution des référentiels en vigueur sera indispensable pour « anticiper les compétences dont la population aura besoin demain ». La coopération interprofessionnelle devra notamment être appréhendée « dès les premiers stades de l’apprentissage ».
L’aboutissement du processus d’universitarisation des formations paramédicales participe de cette logique, tout comme la création d’une section de qualification en sciences infirmières, en sciences de la rééducation et de la réadaptation et en maïeutique au sein du Conseil
national des universités. « Des enseignants-chercheurs issus de nos rangs contribueront à améliorer les connaissances cliniques, la prise en charge des patients et la formation des futurs soignants. Ils doivent désormais trouver leur place dans les universités, au même titre que les PU-PH. »

Souhaitables, l’indépendance et l’autonomie des professions paramédicales nécessitent des changements radicaux. « Force est de constater qu’il existe un décalage de plus en plus important entre les valeurs développées durant la formation et la réalité opérationnelle à laquelle les nouveaux professionnels sont confrontés. La quête de sens perpétuelle ou la non-reconnaissance de leur identité dans l’exercice de leur fonction sont des éléments qui contribuent à leur épuisement, leur donnant un sentiment d’inefficacité ou d’inachevé. »

De toute évidence, la question du bien-être des étudiants et des formateurs ne peut plus être éludée, dans l’intérêt général. « La politique de stage doit être revisitée de fond en comble. Outre les conditions d’accueil, la reconnaissance et la valorisation du statut de tuteur pourrait avoir des effets bénéfiques pour l’ensemble du système de santé. » Pourtant très attractives, les professions paramédicales souffrent aujourd’hui d’un «déficit d’attractivité et de fidélisation » lié à un « manque de considération flagrant des pouvoirs publics », alors qu’elles ont « pleinement démontré leur utilité » durant la crise sanitaire.

Florence GIRARD
Présidente ANdEP
Contact : courriel : f.girard@ch-ussel.fr
Téléphone : 06 83 20 28 16