la dépendance va manquer de bras en 2050
Le vieillissement rapide de la population française va profondément transformer les besoins en accompagnement des personnes âgées. Selon une étude de la DREES, entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seront nécessaires d’ici 2050 pour répondre aux besoins croissants en aide à domicile et en hébergement des seniors en perte d’autonomie. Cette projection s’explique par l’augmentation du nombre de personnes âgées de plus de 60 ans, estimé à près de 23 millions en 2050, dont 738 000 supplémentaires en situation de perte d’autonomie.
À pratiques constantes, cela impliquerait la création de 365 000 places en EHPAD sur la période, alors même que le nombre de places a légèrement reculé ces dernières années. Aides à domicile, auxiliaires de vie, infirmiers et personnels médico‑sociaux seront particulièrement sollicités. Or, le secteur fait déjà face à de fortes tensions : difficultés de recrutement, turn‑over élevé, conditions de travail exigeantes et attractivité limitée. Sans anticipation, la pénurie de personnel pourrait compromettre le maintien à domicile et accentuer la pression sur les établissements. Les experts appellent à une réponse globale combinant revalorisation des métiers, développement de la formation, amélioration des conditions de travail et recours à l’innovation pour soutenir l’autonomie. L’enjeu dépasse la seule organisation des soins : il s’agit de garantir aux personnes âgées un accompagnement digne, humain et durable, dans un contexte démographique sans précédent.

 

Une hausse préoccupante malgré les dispositifs de prévention
Les chiffres publiés par Santé publique France dressent un constat alarmant : entre 2019 et 2024, les décès liés aux chutes chez les personnes âgées ont fortement augmenté. En 2024, 20 148 personnes de 65 ans et plus sont décédées après une chute, soit près de 5 000 de plus qu’en 2019. Le taux de mortalité standardisé progresse de 18 %, tandis que les hospitalisations bondissent de 20 %, atteignant 174 824 séjours. Les plus âgés restent les plus exposés : les personnes de 85 ans et plus présentent un taux de mortalité 29 fois supérieur à celui des 65‑74 ans. Les données révèlent également des différences marquées selon le sexe : les femmes sont davantage hospitalisées, mais la mortalité demeure plus élevée chez les hommes. Cette évolution intervient malgré le lancement, en 2022, du Plan national antichute, dont l’objectif était de réduire de 20 % les chutes graves. Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette hausse : fragilité accrue liée à l’âge, accidents domestiques, traitements médicamenteux, sédentarité croissante et effets indirects de la crise sanitaire. Au‑delà de l’impact humain, les chutes représentent un coût estimé à 2 milliards d’euros par an, dont 1,5 milliard pour l’Assurance Maladie. Aménagement du logement, activité physique adaptée, vigilance médicamenteuse et téléassistance apparaissent plus que jamais comme des leviers indispensables pour enrayer une tendance devenue préoccupante.

 

Le Shift Project donne la parole aux soignants
Le 12 mars dernier, le think tank The Shift Project a lancé une vaste consultation nationale à destination des professionnels de santé, afin de mieux comprendre les liens entre santé, climat et énergie. Médecins, infirmiers et pharmaciens sont invités à partager leurs expériences, leurs freins et leurs propositions face aux enjeux climatiques qui transforment déjà le système de soins. Cette initiative s’appuie sur un constat désormais bien documenté : le secteur de la santé représente environ 8 % de l’empreinte carbone nationale et demeure fortement dépendant des énergies fossiles. Dans le même temps, il doit faire face aux conséquences sanitaires du changement climatique, tant pour les patients que pour les conditions d’exercice des soignants.
La consultation, menée en partenariat avec l’association The Shifters, vise près de 900 000 professionnels. Elle combine une enquête quantitative en ligne et des entretiens qualitatifs, afin de recueillir des données de terrain et d’identifier des leviers d’action concrets. Les résultats, attendus au second semestre, doivent nourrir des recommandations opérationnelles et éclairer le débat public. En plaçant les soignants au cœur de la réflexion, le Shift Project défend une approche pragmatique : la transition écologique du système de santé ne pourra réussir sans l’adhésion et l’expertise de ceux qui le font vivre au quotidien. Une démarche qui souligne l’indissociable lien entre santé humaine et santé de la planète.

la précarité silencieuse des étudiants infirmiers
Chaque rentrée, l’accès au logement universitaire s’apparente à un véritable parcours d’obstacles pour les étudiants en sciences infirmières. Officiellement éligibles aux logements du Crous, ils restent pourtant largement exclus du système. Selon une enquête de la FAGE, relayée par la FNESI, moins de 2 % des ESI ayant déposé une demande obtiennent une chambre universitaire. Cette inégalité tient principalement au mode de financement des études. Contrairement aux autres étudiants, les ESI dépendent majoritairement des bourses régionales, et non du dispositif du Crous. Résultat : absence de dossier social étudiant, exclusion de la phase principale d’attribution des logements et arrivée tardive dans un système déjà saturé. Les conséquences sont lourdes. Dans les grandes métropoles, de nombreux étudiants cumulent stages, cours et trajets longs, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres de leur IFSI.
La précarité financière est marquée : 45 % des ESI déclarent disposer de moins de 100 euros par mois pour vivre après paiement du loyer. Colocations, résidences privées ou aides d’urgence constituent des solutions partielles, insuffisantes face à l’ampleur du problème. La FNESI réclame une simplification des démarches et la création d’un guichet unique, afin de garantir une égalité d’accès aux droits. À l’heure où la société appelle à renforcer les effectifs soignants, la situation des futurs infirmiers interroge la cohérence des politiques publiques.

les infirmiers au cœur du dépistage du cancer colorectal

À l’occasion de Mars Bleu, mois national consacré à la prévention du cancer colorectal, les infirmiers diplômés d’État s’affirment comme des acteurs clés du dépistage. Troisième cancer le plus fréquent en France, il bénéficie pourtant d’un test simple, fiable et pris en charge, dont le taux de participation demeure insuffisant, autour de 30 %. Pour améliorer l’accès au dépistage, plusieurs régions ont engagé des expérimentations permettant aux IDE de remettre directement les kits aux patients éligibles, âgés de 50 à 74 ans, sans symptôme ni antécédent familial à haut risque. Cette évolution s’inscrit dans une logique de prévention de proximité. Les infirmiers ne se limitent pas à la distribution : ils vérifient l’éligibilité, expliquent les modalités de prélèvement à domicile et rappellent l’importance de la traçabilité et du suivi du test. Cette relation directe contribue à lever certains freins, notamment liés à la méconnaissance du dispositif ou aux réticences face à l’autotest. En cas de résultat positif, les IDE assurent également l’orientation vers une coloscopie, garantissant la continuité du parcours de soins. En s’appuyant sur les compétences et la proximité des infirmiers, Mars Bleu illustre une évolution plus large des politiques de prévention, désormais partagées par l’ensemble des professionnels de santé de terrain, afin de toucher plus efficacement les populations concernées.

Une nouvelle feuille de route triennale
Le gouvernement vient de dévoiler une nouvelle stratégie qui doit permettre de mieux structurer la prise en charge de l’obésité, dont la prévalence augmente, notamment chez les jeunes. Présentée mi-janvier, cette feuille de route triennale fixe quatre grandes priorités : freiner la progression de cette maladie chronique, faciliter l’accès à des soins de proximité et personnalisés, intensifier la formation des professionnels et valoriser les initiatives innovantes. Organisées autour de trois axes – repérage précoce, consolidation des filières territoriales et développement des compétences – huit mesures et vingt-deux actions seront déployées, dont la labellisation de cinq nouveaux centres spécialisés de l’obésité et la mise en place, dès cette année, d’un parcours coordonné renforcé pour les adultes en situation d’obésité complexe. Les professionnels du secteur saluent une impulsion politique claire, mais certains regrettent des avancées jugées insuffisantes sur la prévention environnementale ou le financement des consultations diététiques. Ce plan marque néanmoins une nouvelle étape dans la lutte contre une « épidémie silencieuse » aux lourds impacts sanitaires, économiques et sociaux.

l’Ordre des infirmiers fait campagne
Dans un contexte marqué par la persistance des violences sexistes et sexuelles, l’Ordre national des infirmiers lance une campagne nationale de sensibilisation et de protection des professionnels. Déployée dans les établissements de santé, les cabinets libéraux et les instituts de formation, elle doit briser le silence, mais aussi acculturer les patients, les visiteurs et les professionnels, non sans rappeler que ces violences ne sont ni acceptables ni banales. Les affiches, les messages numériques et les dispositifs de signalement poursuivent un objectif prioritaire : encourager les victimes et les témoins, que ce soit pour parler ou contacter les référents violence formés par l’Ordre. Tolérance zéro, accompagnement juridique et soutien psychologique constituent les axes centraux de cette initiative. « Toute parole ou tout acte déplacé peut entraîner des sanctions disciplinaires et pénales. Les infirmiers ont le droit d’exercer dans un environnement respectueux et sécurisé », martèle l’ONI. Cette initiative s’inscrit dans une mobilisation plus large contre les violences au travail, dont les impacts sont sous-estimés et… sous-déclarés.

 Une menace sanitaire sous-estimée

La désinformation en santé connaît une progression rapide, portée par la viralité des réseaux sociaux et une culture scientifique fragile. Dans un rapport indépendant publié début janvier, Mathieu Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve dressent un état des lieux préoccupant : la France traverse une profonde crise informationnelle, dont les impacts sont largement sous-estimés. Ils évoquent notamment son influence néfaste sur les comportements de santé, en particulier chez les patients les plus vulnérables, qui se traduit par des pertes de chance, voire des décès. Au-delà du constat, les trois experts formulent neuf recommandations structurantes, et priorisent le renforcement de l’éducation à l’esprit critique, la création d’un observatoire national de l’information en santé et le déploiement d’un dispositif d’infovigilance pour détecter et analyser les fausses informations. Ces travaux ont inspiré la nouvelle stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, qui repose sur quatre grands axes : consulter et co-construire avec les citoyens, mettre en place un observatoire de la désinformation, déployer une infovigilance opérationnelle et réactive, et construire durablement la confiance. Les ambitions sont clairement affichées : restaurer un espace informationnel fiable, résilient et démocratique.

Le diplôme devient obligatoire
Les assistants de régulation médicale doivent désormais être titulaires du diplôme correspondant pour exercer. Cette nouvelle obligation repose sur deux grands objectifs : renforcer la sécurité de l’accueil et de l’orientation des appels d’urgence, et harmoniser les compétences au sein des services de régulation. Pour les professionnels actuellement en poste, mais non diplômés, plusieurs voies de mise en conformité restent possibles. La formation initiale ou continue constitue le parcours de référence, mais la validation des acquis de l’expérience permet de faire reconnaître une pratique professionnelle déjà établie. Un dispositif transitoire de formation en alternance offre également un parcours accéléré. Les établissements de santé doivent donc identifier rapidement les agents concernés et les inscrire dans les dispositifs prévus. Précision notable : le maintien de personnel non certifié comporte des risques juridiques et règlementaires. Cette réforme marque un tournant pour la profession : elle renforce sa reconnaissance et garantit une homogénéité des compétences. Pour les équipes des SAMU et des SAS, elle représente un levier essentiel pour améliorer la qualité et la sécurité de la régulation médicale.

NB : cette nouvelle obligation est fixée par une instruction de la DGOS publiée fin décembre 2025.