Tandis que la loi portée par Stéphanie Rist, adoptée par le Parlement et promulguée le 27 juin 2025, consacrait enfin le rôle central des infirmières et des infirmiers dans notre système de santé, le projet de décret censé la mettre en œuvre semble en trahir l’esprit.
La loi reconnaissait clairement leur autonomie professionnelle, leur capacité de prescription, l’accès direct à la profession ainsi que leur mission de coordination des parcours de soins dans un contexte de désertification médicale croissante. Rien de tout cela ne transparaît réellement dans le texte rédigé par la DGOS.
Pilier central de l’ambition initiale, l’accès direct n’apparaît même pas de manière explicite. Comment, dès lors, pourrait-il être pris en charge par l’Assurance Maladie ? Quant à l’autonomie infirmière, elle se retrouve réduite à une simple liste d’actes fixée administrativement, alors que la loi prévoyait la possibilité de prescrire certains produits et examens complémentaires. Dimension essentielle du métier, la coordination est reléguée au second plan, et l’orientation des patients a quasiment disparu du projet. Même la prescription, validée à l’unanimité lors des débats parlementaires, se voit ramenée à une liste restreinte arrêtée par voie règlementaire.
Dans un pays rongé par les déserts médicaux et particulièrement exposé aux transitions démographiques et épidémiologiques, ce « rétropédalage » de la haute administration est contraire aux besoins croissants de la population. Comment répondre efficacement aux enjeux de prévention, d’éducation à la santé ou d’accompagnement au long cours si l’accès direct est minoré, voire ignoré ? Déjà en vigueur dans de nombreux pays européens et identifiée comme une compétence à développer dans le futur arrêté sur la formation, la consultation infirmière ne trouve ici aucune traduction concrète. Quelle cohérence ?
Pourquoi une loi ambitieuse, qui reconnaissait enfin toute la valeur d’une profession essentielle, est-elle si peu respectée dans son application règlementaire ? Nous attendons impatiemment les justifications des tutelles.



