Espoir et fébrilité

La validation récente des projets de textes du nouveau référentiel de formation infirmière par le Conseil national d’évaluation des normes marque une étape attendue de longue date. Modernisation des compétences, renforcement de l’ancrage universitaire, meilleure adéquation aux besoins de santé… Les ambitions affichées sont proportionnelles aux défis que notre profession doit relever. Après des mois de tensions, la levée du blocage par les régions constitue un signal positif et redonne de la lisibilité aux acteurs.

Les circonstances suscitent pourtant de l’inquiétude et de l’impatience. Sur le terrain, la plupart des IFSI n’ont pas attendu la publication définitive des textes pour se mettre en ordre de marche, élaborant leurs projets sur la base de documents encore incertains. Mais cette absence prolongée de cadre réglementaire stabilisé complique la construction d’une gouvernance partagée avec les universités. Elle fragilise aussi le respect des délais imposés pour la présentation des maquettes pédagogiques et des modalités d’évaluation devant les instances universitaires.

Le temps presse et cette incertitude pèse sur la réflexion pédagogique, au moment même où l’ingénierie de la formation devrait mobiliser toutes les énergies. Plusieurs questions demeurent : certains aménagements de calendrier seront-ils possibles pour tenir compte de cette situation exceptionnelle ? Et au-delà de la formation infirmière, qu’en est-il des autres filières paramédicales, dont l’universitarisation reste, elle aussi, en attente ?

Florence Girard

La publication du décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 marque un tournant majeur pour la profession infirmière. Pour la toute première fois, le législateur définit clairement le périmètre de nos activités et de nos compétences. Il reconnaît surtout notre rôle essentiel dans la prévention, le suivi thérapeutique et la coordination des soins. Unanimement saluée par les différentes instances professionnelles, cette avancée consacre une autonomie renforcée et répond aux besoins croissants d’un système de santé en tension.

Mais derrière cette victoire, plusieurs zones d’ombre subsistent. Les arrêtés qui précisent les actes relevant de notre rôle propre et encadrent la prescription infirmière se font désespérément attendre. Sans eux, la pratique quotidienne et la responsabilité juridique des professionnels demeurent floues, non sans freiner la portée réelle du décret. Autre chantier crucial : les décrets et les arrêtés fixant le nouveau référentiel de formation, la structuration des semestres, l’acquisition des ECTS et la validation des compétences sont toujours manquants.

Cette double dynamique – clarification du métier et refonte pédagogique – incarne une ambition forte pour la profession. Mais son succès dépend désormais d’une mise en œuvre rapide et complète. Faute de textes complémentaires, la réforme risque de rester inachevée, laissant les infirmiers et leurs futurs collègues dans une incertitude préjudiciable. Les enjeux sont connus de tous et les objectifs très largement partagés : offrir aux étudiants une formation cohérente, conforme aux standards européens et adaptée aux défis contemporains.

Tandis que la loi portée par Stéphanie Rist, adoptée par le Parlement et promulguée le 27 juin 2025, consacrait enfin le rôle central des infirmières et des infirmiers dans notre système de santé, le projet de décret censé la mettre en œuvre semble en trahir l’esprit.

La loi reconnaissait clairement leur autonomie professionnelle, leur capacité de prescription, l’accès direct à la profession ainsi que leur mission de coordination des parcours de soins dans un contexte de désertification médicale croissante. Rien de tout cela ne transparaît réellement dans le texte rédigé par la DGOS.

Pilier central de l’ambition initiale, l’accès direct n’apparaît même pas de manière explicite. Comment, dès lors, pourrait-il être pris en charge par l’Assurance Maladie ? Quant à l’autonomie infirmière, elle se retrouve réduite à une simple liste d’actes fixée administrativement, alors que la loi prévoyait la possibilité de prescrire certains produits et examens complémentaires. Dimension essentielle du métier, la coordination est reléguée au second plan, et l’orientation des patients a quasiment disparu du projet. Même la prescription, validée à l’unanimité lors des débats parlementaires, se voit ramenée à une liste restreinte arrêtée par voie règlementaire.

Dans un pays rongé par les déserts médicaux et particulièrement exposé aux transitions démographiques et épidémiologiques, ce « rétropédalage » de la haute administration est contraire aux besoins croissants de la population. Comment répondre efficacement aux enjeux de prévention, d’éducation à la santé ou d’accompagnement au long cours si l’accès direct est minoré, voire ignoré ? Déjà en vigueur dans de nombreux pays européens et identifiée comme une compétence à développer dans le futur arrêté sur la formation, la consultation infirmière ne trouve ici aucune traduction concrète. Quelle cohérence ?

Pourquoi une loi ambitieuse, qui reconnaissait enfin toute la valeur d’une profession essentielle, est-elle si peu respectée dans son application règlementaire ? Nous attendons impatiemment les justifications des tutelles.

L’intégration pédagogique universitaire de la formation infirmière marque une étape importante dans l’histoire de la profession.

Elle traduit la reconnaissance académique d’un champ disciplinaire en pleine affirmation : les sciences infirmières. Mais cette évolution, encore en construction, soulève de nombreuses questions pratiques et organisationnelles.

A ce stade, les projets de textes sont toujours en concertation et rien n’est arrêté. Nous savons néanmoins que le diplôme d’Etat et le grade de licence seront désormais délivrés par le président de l’université. Ce transfert de responsabilité implique un certain nombre de décisions relevant soit du président lui-même, soit d’une future commission pédagogique dont la composition et les prérogatives restent inconnues. Cette incertitude sur la gouvernance ne permet pas d’anticiper le rôle de chacun dans le futur dispositif.

Dans cette nouvelle architecture, la place du directeur d’institut devra être repensée. Plus que jamais, il lui reviendra d’assurer le lien entre l’université, les formateurs et les terrains de stage : une fonction de médiation et de pilotage essentielle pour garantir la cohérence entre exigences académiques et professionnalisation. Les enseignants-chercheurs joueront un rôle clé dans le développement des sciences infirmières, mais leur action devra s’articuler avec celle des formateurs actuels, porteurs d’une expertise pédagogique et clinique précieuse. De même, les professionnels de terrain devront rester au cœur du dispositif, car ils accompagnent, guident et forment les étudiants au quotidien. La co-construction sera donc une condition sine qua non dans la réussite de ce projet.

Nous sommes actuellement dans une phase de transition, où l’équilibre entre identité universitaire et culture professionnelle doit être trouvé. L’intégration ne se décrète pas : elle se construit pas à pas, dans le respect des missions de chacun. Les textes que nous attendons impatiemment seront déterminants, non seulement pour la formation infirmière, mais également pour l’ensemble des cursus déjà universitarisés. C’est là que se jouera l’avenir d’une véritable pédagogie universitaire au service de la profession et de la qualité des soins.

La France a un nouveau Premier ministre. Le cinquième… en trois ans ! Une situation inédite et durable qui ne doit surtout pas compromettre la poursuite des réformes engagées. Alors que les besoins de soins explosent, la formation des infirmiers reste prisonnière d’un cadre obsolète, inadapté aux réalités du terrain et aux ambitions du métier.

Un nouveau référentiel d’activités et de compétences a bien été élaboré, mais cette avancée demeure théorique. Elle doit être complétée par un nouveau référentiel de formation, dont les contours sont encore flous. Son entrée en vigueur étant prévue pour la prochaine rentrée universitaire, la parution de ce texte fondateur devient urgente.

Tant que les blocages institutionnels et règlementaires ne seront pas levés, la réingénierie de la formation infirmière sera en sursis. Pendant ce temps, les jeunes hésitent, les vocations s’étiolent, les départs s’accélèrent… au risque de fragiliser tout le système de santé. Former plus, former mieux, former autrement : tel devrait être le mot d’ordre.

Malgré cette période de flottement, le programme de travail de l’ANdEP est bien rempli. La place des acteurs des instituts dans le partenariat universitaire, la formation des directeurs de soins qui prennent des postes en institut ou encore les partenariats EMS, SNIFMK et SIFEF sont autant de sujets qui mobilisent toute notre attention. Sans oublier nos futures journées d’étude, dont le thème vous sera prochainement dévoilé.

La loi infirmière est ENFIN votée, mais la refonte de notre métier n’est pas encore achevée.

Au-delà des évolutions permises par le législateur, la réingénierie de la formation professionnelle soulève encore de nombreuses interrogations, tant sur le fond que sur la forme. Malgré les annonces et les promesses, le nouveau référentiel des infirmiers n’a toujours pas été publié…

Le contexte politique, très incertain, et la situation budgétaire, particulièrement précaire, ne doivent surtout pas compromettre la poursuite des travaux, ni être une excuse pour reporter indéfiniment la décision. Cette réforme nécessite du temps et de la préparation pour permettre aux institutions de formation de proposer un enseignement de qualité aux étudiants, mais aussi de les préparer aux futures évolutions de leurs différents métiers, en particulier sur des sujets fondamentaux comme la santé mentale ou la santé environnementale, qui deviennent des priorités sociétales.

Les initiatives parlementaires et gouvernementales du moment nous rappellent la fonction centrale des infirmiers dans le système de santé, et le rôle croissant que les professions paramédicales pourraient (devraient ?) jouer pour lutter contre un accès aux soins dégradé. Dans un contexte marqué par une pénurie médicale aggravée, nos compétences seront un précieux atout pour relever le défi des transitions démographiques, épidémiologiques et numériques. L’ANdEP ne cessera jamais de porter et de diffuser ce message auprès des autorités.

La commission mixte paritaire doit encore se prononcer, mais la loi que nous attendions tous sera bientôt promulguée.

Pour la première fois dans l’histoire de notre profession, nos missions de santé publique seront officiellement gravées dans le marbre législatif. Une véritable reconnaissance pour les infirmières et les infirmiers. Une formidable opportunité pour les patients, celle d’un système de soins plus accessible, plus fluide et plus humain.

Ce texte novateur comporte trois avancées majeures, dont les contours exacts seront ultérieurement définis par les décrets d’application afférents : la consultation infirmière, le diagnostic infirmier et la prescription infirmière. Cette loi fondatrice reconnaît également la recherche en sciences infirmiers fondée sur des preuves scientifiques. Enfin !

Seconde brique de la refonte du métier, la réingénierie de la formation devra tenir compte de toutes les évolutions prévues par le législateur. Nous attendons donc avec impatience la publication du nouveau référentiel en préparation, ultime préalable avant la mise en place des nouvelles maquettes de formation en septembre 2026.

Comme toujours, l’ANdEP sera force de propositions et se tient à la disposition des tutelles pour accélérer l’agenda de ce chantier structurant pour l’avenir de la profession et des patients.

 

La nouvelle est officiellement tombée fin février. A l’issue du dernier comité de suivi de la réingénierie de la formation infirmière, les tutelles ont choisi de reporter la mise en application du nouveau référentiel en septembre 2026. Une sage décision qui doit notamment permettre aux instituts de formation – et aux formateurs – de se préparer sereinement pour proposer un enseignement de qualité aux étudiants.

Favorable au report de cette réforme cruciale pour l’avenir du métier, l’ANdEP attend désormais la publication des arrêtés de référence qui sont annoncés pour cet été. Un délai indispensable pour co-construire un écosystème de formation cohérent et efficace, en lien avec les universités, les agences régionales de santé et les professionnels du secteur sanitaire et médico-social, notamment sur la thématique des stages qui doit être une priorité partagée.

Au-delà des enjeux de gouvernance, cette transition soulève des problématiques pédagogiques, logistiques et financières, qui devront être collectivement résolues. Elle pose ouvertement la question de l’interprofessionnalité qui doit impérativement se concevoir dès les premiers stades de l’apprentissage. C’est une évolution souhaitée par nos étudiants. C’est une nécessité pour le devenir de notre système de santé.

La publication du décret instaurant un accès direct et un droit de primo-prescription aux IPA est la première pierre de la réforme infirmière, même si cette avancée doit encore être confirmée par un arrêté précisant la liste des produits de santé et des prestations de soins concernés, que nous espérons la moins restrictive possible.

A l’instar de la loi infirmière ou de la réingénierie de la formation, plusieurs pans entiers de la refonte du métier sont encore en suspens. Quelques faits historiques résument les enjeux en présence : le décret d’exercice date de 2004 et les référentiels d’activité, de compétences et de formation de 2009. Le temps est largement venu !

Comme le démontre le report de certains textes fondateurs, la stabilité politique sera le premier levier de la réforme attendue par toute la profession. Au-delà des évolutions professionnelles, une réflexion de fond devra également être menée sur les conditions de travail des infirmiers et les passerelles en cours de carrière. Ce sera un prérequis majeur pour attirer et fidéliser de nouveaux soignants, mais aussi pour affronter plus sereinement les transitions démographiques, épidémiologiques et numériques.

Impliquée et engagée dans ce processus de transformation, l’ANdEP se tient à la disposition des pouvoirs publics pour avancer sur ces différents dossiers et accélérer l’agenda.