Espoir et fébrilité

La validation récente des projets de textes du nouveau référentiel de formation infirmière par le Conseil national d’évaluation des normes marque une étape attendue de longue date. Modernisation des compétences, renforcement de l’ancrage universitaire, meilleure adéquation aux besoins de santé… Les ambitions affichées sont proportionnelles aux défis que notre profession doit relever. Après des mois de tensions, la levée du blocage par les régions constitue un signal positif et redonne de la lisibilité aux acteurs.

Les circonstances suscitent pourtant de l’inquiétude et de l’impatience. Sur le terrain, la plupart des IFSI n’ont pas attendu la publication définitive des textes pour se mettre en ordre de marche, élaborant leurs projets sur la base de documents encore incertains. Mais cette absence prolongée de cadre réglementaire stabilisé complique la construction d’une gouvernance partagée avec les universités. Elle fragilise aussi le respect des délais imposés pour la présentation des maquettes pédagogiques et des modalités d’évaluation devant les instances universitaires.

Le temps presse et cette incertitude pèse sur la réflexion pédagogique, au moment même où l’ingénierie de la formation devrait mobiliser toutes les énergies. Plusieurs questions demeurent : certains aménagements de calendrier seront-ils possibles pour tenir compte de cette situation exceptionnelle ? Et au-delà de la formation infirmière, qu’en est-il des autres filières paramédicales, dont l’universitarisation reste, elle aussi, en attente ?

Florence Girard

Réforme infirmière : une mise en œuvre sous tension

La loi infirmière ouvre une refonte profonde du métier, mais sa mise en œuvre traîne en longueur. Malgré la publication du décret socle et de nouvelles annonces ministérielles, syndicats et étudiants dénoncent des retards persistants. Faute de calendrier crédible, la profession brandit la menace d’un mouvement social au printemps. Explications.

La loi infirmière marque un tournant majeur pour la profession, mais sa traduction opérationnelle demeure longue et complexe. La publication récente du décret socle, qui définit dix missions essentielles, ne calme pas les impatiences, ce dont la ministre de la Santé semble avoir pleinement conscience. En déplacement à Taissy, dans la Marne, Stéphanie Rist a détaillé les prochaines étapes règlementaires. Les textes relatifs aux soins et aux prescriptions infirmières, actuellement en concertation avec les syndicats, l’Ordre et les associations, doivent être publiés avant la fin du premier semestre. « Il s’agit de traduire fidèlement la volonté du législateur tout en plaçant la coopération interprofessionnelle au cœur du dispositif », souligne-t-elle. Plusieurs mesures concrètes ont également été annoncées pour renforcer l’accès aux soins : l’accès direct des infirmiers à la prise en charge des plaies et de la cicatrisation, la reconnaissance financière de la consultation infirmière dans le cadre des négociations conventionnelles, ainsi que l’élargissement de la délivrance des kits de dépistage du cancer colorectal, dès le mois de mars, avec une valorisation équivalente aux autres professions concernées. Stéphanie Rist a naturellement évoqué le chantier de la formation en sciences infirmières, qui prévoit une universitarisation du cursus et un investissement de 215 millions d’euros pour ouvrir 5 500 places supplémentaires en IFSI en 2026. « Reconnaître pleinement les compétences des infirmiers, moderniser leur formation et faire évoluer leur cadre d’exercice, c’est un choix politique clair : celui de l’accès aux soins, partout et pour tous », rappelle la ministre.

Ultimatum avant la mobilisation

Les récentes déclarations ministérielles ne suffisent pas à rassurer les représentants des infirmiers libéraux et des étudiants. Dans un communiqué commun, publié début février, la FNI, le SNIIL et la FNESI alertent sur une situation jugée « critique ». En cause : les retards répétés dans la publication des textes règlementaires concernant les évolutions du métier et la réforme de la formation. « Le problème n’est pas un blocage brutal, mais un étirement continu du calendrier règlementaire et conventionnel », dénoncent les trois organisations. Selon les syndicats professionnels, cette absence de visibilité empêche la conclusion des négociations conventionnelles et diffère les revalorisations financières, alors même que les infirmiers libéraux doivent composer avec une hausse des charges, une pression administrative accrue et des tarifs inchangés depuis de nombreuses années. Pour les étudiants, ces lenteurs fragilisent la mise en œuvre des nouvelles maquettes de formation et désorganisent les établissements. Les signataires réclament une clarification rapide et crédible du calendrier règlementaire, la sécurisation des textes nécessaires à l’aboutissement des négociations conventionnelles et la conclusion d’accords avant le 31 mars, afin de garantir des revalorisations applicables dès cette année. A défaut d’engagements clairs, ils annoncent le dépôt d’un préavis de « mouvement social dur » en avril. « Les infirmiers libéraux ne demandent pas du temps supplémentaire, mais de la visibilité, des décisions et des engagements tenus », préviennent-ils. Sans traduction règlementaire et financière rapide, la réforme du métier infirmier risque de rester théorique…

Hugues Rieu

Reportage à l’IFSI du Centre Hospitalier de Troyes, avril 2018.

La publication du décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 marque un tournant majeur pour la profession infirmière. Pour la toute première fois, le législateur définit clairement le périmètre de nos activités et de nos compétences. Il reconnaît surtout notre rôle essentiel dans la prévention, le suivi thérapeutique et la coordination des soins. Unanimement saluée par les différentes instances professionnelles, cette avancée consacre une autonomie renforcée et répond aux besoins croissants d’un système de santé en tension.

Mais derrière cette victoire, plusieurs zones d’ombre subsistent. Les arrêtés qui précisent les actes relevant de notre rôle propre et encadrent la prescription infirmière se font désespérément attendre. Sans eux, la pratique quotidienne et la responsabilité juridique des professionnels demeurent floues, non sans freiner la portée réelle du décret. Autre chantier crucial : les décrets et les arrêtés fixant le nouveau référentiel de formation, la structuration des semestres, l’acquisition des ECTS et la validation des compétences sont toujours manquants.

Cette double dynamique – clarification du métier et refonte pédagogique – incarne une ambition forte pour la profession. Mais son succès dépend désormais d’une mise en œuvre rapide et complète. Faute de textes complémentaires, la réforme risque de rester inachevée, laissant les infirmiers et leurs futurs collègues dans une incertitude préjudiciable. Les enjeux sont connus de tous et les objectifs très largement partagés : offrir aux étudiants une formation cohérente, conforme aux standards européens et adaptée aux défis contemporains.

Un bilan en demi-teinte

La dernière campagne de vaccination contre les papillomavirus humains a permis d’améliorer la couverture vaccinale des collégiens. Selon Santé publique France, plus de 116 500 vaccins ont été administrés dans les collèges et les établissements médico-sociaux, principalement auprès des élèves de cinquième. Chez les enfants nés en 2012, la couverture pour au moins une dose atteint 54 % chez les filles et 43 % chez les garçons, soit une hausse respective de 16 et 14 points. Pour le schéma complet à deux doses, les taux s’élèvent à 35 % chez les filles et 27 % chez les garçons. Malgré les progrès réalisés, les résultats affichés demeurent loin des objectifs fixés, soit un taux de couverture vaccinale de 80 % en 2030. Les autorités sanitaires misent sur deux grands leviers pour améliorer la performance de ce dispositif : intensifier les efforts d’information et de mobilisation, et renforcer la confiance des familles. Pour rappel, les infections à HPV sont très répandues et peuvent être à l’origine de plusieurs cancers, dont celui du col de l’utérus.

les inégalités persistent

Le Baromètre 2024 de Santé publique France dresse un tableau nuancé des comportements et des perceptions en matière de santé*. Réalisée auprès de 35 000 adultes vivant en métropole et en outre-mer, cette enquête nationale aborde des thèmes variés, tels que le tabac, l’alcool, l’activité physique, le sommeil, la santé mentale, la vaccination ou encore la sédentarité. Si une majorité des répondants se dit en « bonne santé », les inégalités sociales demeurent marquées. Les comportements à risque, comme le tabagisme ou les troubles du sommeil, touchent davantage les catégories défavorisées, tandis que certaines pratiques, comme la consommation d’alcool ou le manque d’exercice, sont parfois plus fréquentes chez les plus aisés. Pour la première fois, cette analyse barométrique fournit des données régionales qui révèlent de fortes disparités territoriales. Au-delà des habitudes déclarées, cette étude met en lumière des enjeux liés à la santé mentale et des tendances durables en matière de mode de vie. Elle offre aux décideurs et aux professionnels une photographie détaillée pour orienter les actions de santé publique et réduire les écarts persistants.

(*) « Baromètre de Santé publique France : résultats de l’édition 2024 », Santé publique France (décembre 2025).

 

Un décret officialise une formation initiale de cinq ans

La formation initiale des masseurs-kinésithérapeutes durera cinq ans. Selon le décret publié mi-décembre, l’année universitaire préparatoire aux IFMK* est désormais intégrée au cursus, ce qui porte sa durée à dix semestres, en cohérence avec le grade de master attribué depuis 2021. Le texte précise également les modalités pédagogiques et administratives, dont les règles relatives aux examens, aux rattrapages et à la progression des étudiants. Renforcement de l’universitarisation de la formation, amélioration de l’articulation entre les enseignements théoriques et pratiques, préparation des futurs professionnels à la recherche scientifique et aux standards européens… Cette réforme doit rendre le parcours plus lisible, faciliter la reconnaissance internationale du diplôme et répondre aux besoins du système de santé. Elle offre aux étudiants un cadre structuré et sécurisé, et garantit une formation complète et adaptée aux exigences actuelles.

(*) Institut de formation en masso-kinésithérapie – IFMK.

 

le gouvernement prolonge la Grande Cause nationale

Grande Cause nationale en 2025, la santé mentale le sera également en 2026. Face à la hausse persistante des besoins, aggravée par les conséquences de la crise sanitaire et sociale, le gouvernement a choisi de prolonger cette initiative pour deux grandes raisons : améliorer l’accès aux soins des personnes en souffrance psychique et mieux accompagner les professionnels du secteur. Création de dispositifs d’écoute et de soutien, renforcement des structures ambulatoires et hospitalières, augmentation des ressources humaines spécialisées… Plusieurs mesures emblématiques seront engagées pour garantir une prise en charge plus rapide et plus adaptée. Des campagnes de sensibilisation seront également menées pour lutter contre la stigmatisation et encourager un recours précoce aux soins. Cette prolongation, qui s’accompagne d’un budget réévalué, confirme la volonté politique de faire de la santé mentale une priorité nationale durable. Elle souligne son rôle essentiel pour le bien-être individuel, la cohésion sociale et la qualité de vie des citoyens, dans un contexte où la santé psychique est devenue un enjeu majeur.

 

Vigilance renforcée pour les fêtes
L’épidémie de grippe se répand sur tout le territoire français. Selon les derniers bulletins de surveillance, la hausse des consultations pour syndrome grippal concerne toutes les classes d’âge. Le pic étant attendu pour les fêtes de fin d’année, une période de rassemblements familiaux propices aux transmissions, les autorités sanitaires ont choisi de renforcer la prévention et la prise en charge des patients les plus vulnérables. Outre la campagne de vaccination, lancée en octobre dernier pour limiter les formes graves et atténuer la circulation du virus, la mobilisation des professionnels de santé libéraux et hospitaliers a été durcie pour garantir un accès continu aux soins durant la « trêve des confiseurs ». Le message est clair : les personnes présentant des symptômes sont invitées à consulter rapidement pour éviter les complications. Les recommandations officielles rappellent aussi l’importance des gestes barrières et des mesures d’isolement en cas de fièvre ou d’infection. Ce dispositif exceptionnel, qui combine vaccination, prévention et organisation des soins, doit permettre de protéger la population et de limiter la saturation des services de santé.

 

LFSS 2026: Le torchon brûle !

La nouvelle loi de financement de la Sécurité sociale met l’accent sur la régulation des dépenses et la réorganisation des soins en ville, sans répondre pleinement aux attentes des professionnels. Jugeant ces mesures insuffisantes et contraignantes, les médecins libéraux ont annoncé un mouvement de « grève historique » pour défendre leur attractivité et la pérennité de leur exercice professionnel.

17,5 milliards d’euros. Tel sera le montant du déficit de la Sécurité sociale fin 2026… contre 23 milliards cette année. Pour atteindre cette cible budgétaire, la nouvelle LFSS prévoit une maîtrise renforcée des dépenses d’assurance maladie et une légère hausse des recettes, portée par la croissance salariale et la rationalisation des dispositifs fiscaux. Encadrement des arrêts de travail pour limiter les indemnités journalières, ajustement de la prise en charge de certaines affections de longue durée, renforcement des actions d’efficience dans les soins de ville et hospitaliers… Certaines dispositions font débat et pourraient accroître les inégalités de santé. Selon le gouvernement, les mesures votées mi-décembre poursuivent un objectif prioritaire : redresser les comptes sociaux sans dégrader la qualité des soins. Elles doivent également permettre de garantir la pérennité du modèle social français dans un contexte marqué par le vieillissement de la population française et la hausse des besoins de santé. Une thèse réfutée par la plupart des instances représentatives des professionnels de santé, dont celles de médecins libéraux, qui ont choisi de lancer une « grève historique » pour répondre aux « attaques sans précédent » dont leur profession se dit victime. Plusieurs actions d’envergure sont prévues entre le 5 et le 15 janvier prochains.

Une mobilisation exceptionnelle
Pour quelles raisons ? Outre le manque de moyens financiers dévolus aux médecins libéraux, les syndicats majoritaires et plusieurs collectifs dénoncent des mesures austéritaires et destructrices pour la médecine de ville et la prise en charge des patients. Les praticiens s’opposent notamment à la possibilité pour l’Assurance Maladie de moduler unilatéralement leurs tarifs. Ils contestent aussi les sanctions financières contre ceux qui refuseraient d’alimenter le dossier médical partagé. Ils critiquent par ailleurs certaines dispositions délétères pour leur activité, comme la régulation de certains actes et la création de nouvelles obligations administratives. Leurs revendications sont claires : retirer ou réviser les articles incriminés, respecter le cadre conventionnel pour la fixation des tarifs médicaux, abandonner les sanctions liées au dossier médical partagé et mieux prendre en compte les réalités de l’exercice libéral. Pour se faire entendre, les médecins libéraux appellent à fermer les cabinets et à suspendre l’alimentation du dossier médical partagé pendant dix jours. Des actions symboliques, comme la sortie des dispositifs conventionnels, sont également annoncées. Point d’orgue de cette mobilisation exceptionnelle, une manifestation nationale est prévue à Paris le 10 janvier. Les pouvoirs publics accepteront-ils de faire machine arrière ? Les grévistes seront rapidement fixés.