Une nouvelle feuille de route triennale
Le gouvernement vient de dévoiler une nouvelle stratégie qui doit permettre de mieux structurer la prise en charge de l’obésité, dont la prévalence augmente, notamment chez les jeunes. Présentée mi-janvier, cette feuille de route triennale fixe quatre grandes priorités : freiner la progression de cette maladie chronique, faciliter l’accès à des soins de proximité et personnalisés, intensifier la formation des professionnels et valoriser les initiatives innovantes. Organisées autour de trois axes – repérage précoce, consolidation des filières territoriales et développement des compétences – huit mesures et vingt-deux actions seront déployées, dont la labellisation de cinq nouveaux centres spécialisés de l’obésité et la mise en place, dès cette année, d’un parcours coordonné renforcé pour les adultes en situation d’obésité complexe. Les professionnels du secteur saluent une impulsion politique claire, mais certains regrettent des avancées jugées insuffisantes sur la prévention environnementale ou le financement des consultations diététiques. Ce plan marque néanmoins une nouvelle étape dans la lutte contre une « épidémie silencieuse » aux lourds impacts sanitaires, économiques et sociaux.

l’Ordre des infirmiers fait campagne
Dans un contexte marqué par la persistance des violences sexistes et sexuelles, l’Ordre national des infirmiers lance une campagne nationale de sensibilisation et de protection des professionnels. Déployée dans les établissements de santé, les cabinets libéraux et les instituts de formation, elle doit briser le silence, mais aussi acculturer les patients, les visiteurs et les professionnels, non sans rappeler que ces violences ne sont ni acceptables ni banales. Les affiches, les messages numériques et les dispositifs de signalement poursuivent un objectif prioritaire : encourager les victimes et les témoins, que ce soit pour parler ou contacter les référents violence formés par l’Ordre. Tolérance zéro, accompagnement juridique et soutien psychologique constituent les axes centraux de cette initiative. « Toute parole ou tout acte déplacé peut entraîner des sanctions disciplinaires et pénales. Les infirmiers ont le droit d’exercer dans un environnement respectueux et sécurisé », martèle l’ONI. Cette initiative s’inscrit dans une mobilisation plus large contre les violences au travail, dont les impacts sont sous-estimés et… sous-déclarés.

 Une menace sanitaire sous-estimée

La désinformation en santé connaît une progression rapide, portée par la viralité des réseaux sociaux et une culture scientifique fragile. Dans un rapport indépendant publié début janvier, Mathieu Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve dressent un état des lieux préoccupant : la France traverse une profonde crise informationnelle, dont les impacts sont largement sous-estimés. Ils évoquent notamment son influence néfaste sur les comportements de santé, en particulier chez les patients les plus vulnérables, qui se traduit par des pertes de chance, voire des décès. Au-delà du constat, les trois experts formulent neuf recommandations structurantes, et priorisent le renforcement de l’éducation à l’esprit critique, la création d’un observatoire national de l’information en santé et le déploiement d’un dispositif d’infovigilance pour détecter et analyser les fausses informations. Ces travaux ont inspiré la nouvelle stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, qui repose sur quatre grands axes : consulter et co-construire avec les citoyens, mettre en place un observatoire de la désinformation, déployer une infovigilance opérationnelle et réactive, et construire durablement la confiance. Les ambitions sont clairement affichées : restaurer un espace informationnel fiable, résilient et démocratique.

Le diplôme devient obligatoire
Les assistants de régulation médicale doivent désormais être titulaires du diplôme correspondant pour exercer. Cette nouvelle obligation repose sur deux grands objectifs : renforcer la sécurité de l’accueil et de l’orientation des appels d’urgence, et harmoniser les compétences au sein des services de régulation. Pour les professionnels actuellement en poste, mais non diplômés, plusieurs voies de mise en conformité restent possibles. La formation initiale ou continue constitue le parcours de référence, mais la validation des acquis de l’expérience permet de faire reconnaître une pratique professionnelle déjà établie. Un dispositif transitoire de formation en alternance offre également un parcours accéléré. Les établissements de santé doivent donc identifier rapidement les agents concernés et les inscrire dans les dispositifs prévus. Précision notable : le maintien de personnel non certifié comporte des risques juridiques et règlementaires. Cette réforme marque un tournant pour la profession : elle renforce sa reconnaissance et garantit une homogénéité des compétences. Pour les équipes des SAMU et des SAS, elle représente un levier essentiel pour améliorer la qualité et la sécurité de la régulation médicale.

NB : cette nouvelle obligation est fixée par une instruction de la DGOS publiée fin décembre 2025.

La HAS publie de nouvelles recommandations
La fatigue des professionnels de santé constitue un enjeu majeur pour la sécurité des patients et la qualité des soins. Dans un Flash Sécurité Patient publié en janvier dernier, la Haute Autorité de santé alerte sur les effets délétères de l’épuisement professionnel, pointant notamment une baisse de la vigilance, une altération des performances cognitives ou une augmentation du risque d’erreurs. Selon la HAS, plus de 10 % des événements indésirables associés aux soins sont liés à la charge de travail ou à la fatigue. Pour y faire face, elle formule des recommandations individuelles et organisationnelles. Sur le plan personnel, elle encourage les soignants à reconnaître les signes de fatigue, à favoriser le repos et à solliciter de l’aide dans une culture de sécurité non culpabilisante. Au niveau des organisations, la HAS préconise la co-construction des plannings, la limitation des nuits consécutives, le chevauchement des transmissions ou encore le développement des espaces de repos adaptés. Des outils concrets, tels que des checklists ou des systèmes d’aide à la décision, sont également recommandés. La Haute Autorité de santé est formelle : repenser l’organisation du travail est un investissement essentiel pour préserver la santé physique et mentale des soignants, et garantir des soins sûrs et durables dans un système sous pression.

Espoir et fébrilité

La validation récente des projets de textes du nouveau référentiel de formation infirmière par le Conseil national d’évaluation des normes marque une étape attendue de longue date. Modernisation des compétences, renforcement de l’ancrage universitaire, meilleure adéquation aux besoins de santé… Les ambitions affichées sont proportionnelles aux défis que notre profession doit relever. Après des mois de tensions, la levée du blocage par les régions constitue un signal positif et redonne de la lisibilité aux acteurs.

Les circonstances suscitent pourtant de l’inquiétude et de l’impatience. Sur le terrain, la plupart des IFSI n’ont pas attendu la publication définitive des textes pour se mettre en ordre de marche, élaborant leurs projets sur la base de documents encore incertains. Mais cette absence prolongée de cadre réglementaire stabilisé complique la construction d’une gouvernance partagée avec les universités. Elle fragilise aussi le respect des délais imposés pour la présentation des maquettes pédagogiques et des modalités d’évaluation devant les instances universitaires.

Le temps presse et cette incertitude pèse sur la réflexion pédagogique, au moment même où l’ingénierie de la formation devrait mobiliser toutes les énergies. Plusieurs questions demeurent : certains aménagements de calendrier seront-ils possibles pour tenir compte de cette situation exceptionnelle ? Et au-delà de la formation infirmière, qu’en est-il des autres filières paramédicales, dont l’universitarisation reste, elle aussi, en attente ?

Florence Girard

Réforme infirmière : une mise en œuvre sous tension

La loi infirmière ouvre une refonte profonde du métier, mais sa mise en œuvre traîne en longueur. Malgré la publication du décret socle et de nouvelles annonces ministérielles, syndicats et étudiants dénoncent des retards persistants. Faute de calendrier crédible, la profession brandit la menace d’un mouvement social au printemps. Explications.

La loi infirmière marque un tournant majeur pour la profession, mais sa traduction opérationnelle demeure longue et complexe. La publication récente du décret socle, qui définit dix missions essentielles, ne calme pas les impatiences, ce dont la ministre de la Santé semble avoir pleinement conscience. En déplacement à Taissy, dans la Marne, Stéphanie Rist a détaillé les prochaines étapes règlementaires. Les textes relatifs aux soins et aux prescriptions infirmières, actuellement en concertation avec les syndicats, l’Ordre et les associations, doivent être publiés avant la fin du premier semestre. « Il s’agit de traduire fidèlement la volonté du législateur tout en plaçant la coopération interprofessionnelle au cœur du dispositif », souligne-t-elle. Plusieurs mesures concrètes ont également été annoncées pour renforcer l’accès aux soins : l’accès direct des infirmiers à la prise en charge des plaies et de la cicatrisation, la reconnaissance financière de la consultation infirmière dans le cadre des négociations conventionnelles, ainsi que l’élargissement de la délivrance des kits de dépistage du cancer colorectal, dès le mois de mars, avec une valorisation équivalente aux autres professions concernées. Stéphanie Rist a naturellement évoqué le chantier de la formation en sciences infirmières, qui prévoit une universitarisation du cursus et un investissement de 215 millions d’euros pour ouvrir 5 500 places supplémentaires en IFSI en 2026. « Reconnaître pleinement les compétences des infirmiers, moderniser leur formation et faire évoluer leur cadre d’exercice, c’est un choix politique clair : celui de l’accès aux soins, partout et pour tous », rappelle la ministre.

Ultimatum avant la mobilisation

Les récentes déclarations ministérielles ne suffisent pas à rassurer les représentants des infirmiers libéraux et des étudiants. Dans un communiqué commun, publié début février, la FNI, le SNIIL et la FNESI alertent sur une situation jugée « critique ». En cause : les retards répétés dans la publication des textes règlementaires concernant les évolutions du métier et la réforme de la formation. « Le problème n’est pas un blocage brutal, mais un étirement continu du calendrier règlementaire et conventionnel », dénoncent les trois organisations. Selon les syndicats professionnels, cette absence de visibilité empêche la conclusion des négociations conventionnelles et diffère les revalorisations financières, alors même que les infirmiers libéraux doivent composer avec une hausse des charges, une pression administrative accrue et des tarifs inchangés depuis de nombreuses années. Pour les étudiants, ces lenteurs fragilisent la mise en œuvre des nouvelles maquettes de formation et désorganisent les établissements. Les signataires réclament une clarification rapide et crédible du calendrier règlementaire, la sécurisation des textes nécessaires à l’aboutissement des négociations conventionnelles et la conclusion d’accords avant le 31 mars, afin de garantir des revalorisations applicables dès cette année. A défaut d’engagements clairs, ils annoncent le dépôt d’un préavis de « mouvement social dur » en avril. « Les infirmiers libéraux ne demandent pas du temps supplémentaire, mais de la visibilité, des décisions et des engagements tenus », préviennent-ils. Sans traduction règlementaire et financière rapide, la réforme du métier infirmier risque de rester théorique…

Hugues Rieu

Reportage à l’IFSI du Centre Hospitalier de Troyes, avril 2018.