Former, transformer, conduire

Nous nous apprêtons à nous retrouver. Les 26 et 27 mars, les journées d’étude de l’ANdEP seront bien plus qu’un rendez‑vous annuel : elles constitueront un temps fort pour penser ensemble l’avenir des formations paramédicales. Dans un contexte en constante évolution, nous avons fait le choix de l’échange, du dialogue et de la projection. Aux côtés des représentants de la DGOS, de la DGESIP, des Régions et de l’enseignement supérieur, nous prendrons le temps d’analyser l’actualité, mais surtout d’ouvrir des perspectives.

Nous le savons : nous traversons une période de transition. Les cadres évoluent, les exigences s’intensifient, les responsabilités s’élargissent. Face à ces mutations, notre rôle de directeurs d’instituts est central. Nous sommes à la fois pilotes, repères et moteurs. C’est pourquoi nous avons placé ces journées sous le signe du leadership. Non comme une posture, mais comme une compétence à part entière : celle qui permet de fixer un cap, de donner du sens, d’accompagner les équipes et de transformer les contraintes en opportunités.

En tant que directeurs, nous demeurons les garants de la professionnalisation des étudiants, de la qualité des parcours et, in fine, de la qualité des soins dispensés demain. Notre responsabilité est collective. Elle nous engage à anticiper, à innover et à fédérer autour d’une ambition partagée pour les formations paramédicales.

Nous serons heureux d’accueillir l’ensemble des participants et des intervenants afin de poursuivre cette réflexion commune, nourrir nos pratiques et renforcer, ensemble, notre capacité à agir au service des instituts, des équipes et des futurs professionnels de santé.

Florence Girard

la dépendance va manquer de bras en 2050
Le vieillissement rapide de la population française va profondément transformer les besoins en accompagnement des personnes âgées. Selon une étude de la DREES, entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seront nécessaires d’ici 2050 pour répondre aux besoins croissants en aide à domicile et en hébergement des seniors en perte d’autonomie. Cette projection s’explique par l’augmentation du nombre de personnes âgées de plus de 60 ans, estimé à près de 23 millions en 2050, dont 738 000 supplémentaires en situation de perte d’autonomie.
À pratiques constantes, cela impliquerait la création de 365 000 places en EHPAD sur la période, alors même que le nombre de places a légèrement reculé ces dernières années. Aides à domicile, auxiliaires de vie, infirmiers et personnels médico‑sociaux seront particulièrement sollicités. Or, le secteur fait déjà face à de fortes tensions : difficultés de recrutement, turn‑over élevé, conditions de travail exigeantes et attractivité limitée. Sans anticipation, la pénurie de personnel pourrait compromettre le maintien à domicile et accentuer la pression sur les établissements. Les experts appellent à une réponse globale combinant revalorisation des métiers, développement de la formation, amélioration des conditions de travail et recours à l’innovation pour soutenir l’autonomie. L’enjeu dépasse la seule organisation des soins : il s’agit de garantir aux personnes âgées un accompagnement digne, humain et durable, dans un contexte démographique sans précédent.

 

Une hausse préoccupante malgré les dispositifs de prévention
Les chiffres publiés par Santé publique France dressent un constat alarmant : entre 2019 et 2024, les décès liés aux chutes chez les personnes âgées ont fortement augmenté. En 2024, 20 148 personnes de 65 ans et plus sont décédées après une chute, soit près de 5 000 de plus qu’en 2019. Le taux de mortalité standardisé progresse de 18 %, tandis que les hospitalisations bondissent de 20 %, atteignant 174 824 séjours. Les plus âgés restent les plus exposés : les personnes de 85 ans et plus présentent un taux de mortalité 29 fois supérieur à celui des 65‑74 ans. Les données révèlent également des différences marquées selon le sexe : les femmes sont davantage hospitalisées, mais la mortalité demeure plus élevée chez les hommes. Cette évolution intervient malgré le lancement, en 2022, du Plan national antichute, dont l’objectif était de réduire de 20 % les chutes graves. Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette hausse : fragilité accrue liée à l’âge, accidents domestiques, traitements médicamenteux, sédentarité croissante et effets indirects de la crise sanitaire. Au‑delà de l’impact humain, les chutes représentent un coût estimé à 2 milliards d’euros par an, dont 1,5 milliard pour l’Assurance Maladie. Aménagement du logement, activité physique adaptée, vigilance médicamenteuse et téléassistance apparaissent plus que jamais comme des leviers indispensables pour enrayer une tendance devenue préoccupante.

 

Le Shift Project donne la parole aux soignants
Le 12 mars dernier, le think tank The Shift Project a lancé une vaste consultation nationale à destination des professionnels de santé, afin de mieux comprendre les liens entre santé, climat et énergie. Médecins, infirmiers et pharmaciens sont invités à partager leurs expériences, leurs freins et leurs propositions face aux enjeux climatiques qui transforment déjà le système de soins. Cette initiative s’appuie sur un constat désormais bien documenté : le secteur de la santé représente environ 8 % de l’empreinte carbone nationale et demeure fortement dépendant des énergies fossiles. Dans le même temps, il doit faire face aux conséquences sanitaires du changement climatique, tant pour les patients que pour les conditions d’exercice des soignants.
La consultation, menée en partenariat avec l’association The Shifters, vise près de 900 000 professionnels. Elle combine une enquête quantitative en ligne et des entretiens qualitatifs, afin de recueillir des données de terrain et d’identifier des leviers d’action concrets. Les résultats, attendus au second semestre, doivent nourrir des recommandations opérationnelles et éclairer le débat public. En plaçant les soignants au cœur de la réflexion, le Shift Project défend une approche pragmatique : la transition écologique du système de santé ne pourra réussir sans l’adhésion et l’expertise de ceux qui le font vivre au quotidien. Une démarche qui souligne l’indissociable lien entre santé humaine et santé de la planète.

la précarité silencieuse des étudiants infirmiers
Chaque rentrée, l’accès au logement universitaire s’apparente à un véritable parcours d’obstacles pour les étudiants en sciences infirmières. Officiellement éligibles aux logements du Crous, ils restent pourtant largement exclus du système. Selon une enquête de la FAGE, relayée par la FNESI, moins de 2 % des ESI ayant déposé une demande obtiennent une chambre universitaire. Cette inégalité tient principalement au mode de financement des études. Contrairement aux autres étudiants, les ESI dépendent majoritairement des bourses régionales, et non du dispositif du Crous. Résultat : absence de dossier social étudiant, exclusion de la phase principale d’attribution des logements et arrivée tardive dans un système déjà saturé. Les conséquences sont lourdes. Dans les grandes métropoles, de nombreux étudiants cumulent stages, cours et trajets longs, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres de leur IFSI.
La précarité financière est marquée : 45 % des ESI déclarent disposer de moins de 100 euros par mois pour vivre après paiement du loyer. Colocations, résidences privées ou aides d’urgence constituent des solutions partielles, insuffisantes face à l’ampleur du problème. La FNESI réclame une simplification des démarches et la création d’un guichet unique, afin de garantir une égalité d’accès aux droits. À l’heure où la société appelle à renforcer les effectifs soignants, la situation des futurs infirmiers interroge la cohérence des politiques publiques.

les infirmiers au cœur du dépistage du cancer colorectal

À l’occasion de Mars Bleu, mois national consacré à la prévention du cancer colorectal, les infirmiers diplômés d’État s’affirment comme des acteurs clés du dépistage. Troisième cancer le plus fréquent en France, il bénéficie pourtant d’un test simple, fiable et pris en charge, dont le taux de participation demeure insuffisant, autour de 30 %. Pour améliorer l’accès au dépistage, plusieurs régions ont engagé des expérimentations permettant aux IDE de remettre directement les kits aux patients éligibles, âgés de 50 à 74 ans, sans symptôme ni antécédent familial à haut risque. Cette évolution s’inscrit dans une logique de prévention de proximité. Les infirmiers ne se limitent pas à la distribution : ils vérifient l’éligibilité, expliquent les modalités de prélèvement à domicile et rappellent l’importance de la traçabilité et du suivi du test. Cette relation directe contribue à lever certains freins, notamment liés à la méconnaissance du dispositif ou aux réticences face à l’autotest. En cas de résultat positif, les IDE assurent également l’orientation vers une coloscopie, garantissant la continuité du parcours de soins. En s’appuyant sur les compétences et la proximité des infirmiers, Mars Bleu illustre une évolution plus large des politiques de prévention, désormais partagées par l’ensemble des professionnels de santé de terrain, afin de toucher plus efficacement les populations concernées.