Les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie ont débouché sur l’adoption de plusieurs mesures clefs. Prévention, recherche, formation… Le gouvernement investira près de deux milliards d’euros sur cinq ans pour réformer durablement un secteur sinistré. Malgré de solides avancées, les professionnels et les usagers ne sont pas complètement satisfaits.

Comprendre pour agir ! Organisées fin septembre par le ministère des Solidarités et de la Santé, les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie ont réuni pendant deux jours les principaux acteurs du secteur et les représentants des usagers du système de soins. Ce « moment historique du débat national » a notamment été l’occasion de dresser un bilan peu reluisant, celui d’une branche sinistrée, longtemps délaissée par les pouvoirs publics. Les grands chiffres énoncés durant les débats parlent d’eux-mêmes. Chaque année, une personne sur cinq est touchée par un trouble psychique, soit treize millions de Français. Estimées à plus de 23 milliards d’euros par an, les prestations remboursées au titre de la souffrance psychique et des maladies psychiatriques sont le premier poste de dépenses de l’assurance maladie, juste devant les cancers et les maladies cardiovasculaires. Parmi d’autres caractéristiques, nous sommes les plus gros consommateurs de psychotropes au niveau mondial.

Autre particularité française, le taux de suicide est l’un des plus élevés des pays européens de développement comparable. C’est même la deuxième cause de mortalité chez les 10-25 ans… après les accidents de la route. Les experts de Santé Publique France sont catégoriques : la crise sanitaire a aggravé une situation déjà précaire. Elle s’est traduite par une dégradation significative de tous les indicateurs de gravité, comme l’anxiété, la dépression ou les pensées suicidaires. Pour limiter les impacts de la pandémie, le Haut conseil de la santé publique vient d’ailleurs de formuler plusieurs recommandations circonstanciées. Au-delà du constat, cet exercice de style inédit s’est surtout soldé par de nombreuses propositions concrètes, présentées par le président de la République en clôture de l’événement.

Un investissement conséquent

A la lecture des grandes mesures annoncées par Emmanuel Macron, citons notamment la mise en place d’un remboursement forfaitaire des consultations de psychologie pour l’ensemble de la population dès l’an prochain. A noter, les mutuelles et les complémentaires santé seront sollicitées pour compenser la partie non remboursée par la Sécurité sociale dans des proportions qui restent encore à déterminer.

Autres annonces fortes : le développement des premiers secours en santé mentale dans tous les secteurs de la société et la création d’un numéro national gratuit de prévention du suicide qui fonctionne en continu depuis le 1er octobre dernier. Construction d’une maison des adolescents dans chaque département, augmentation des effectifs dans les centres médico-psychologiques infanto-juvéniles et les centres médico-psychologiques, mise en place d’équipes mobiles pour la prise en charge des personnes âgées en EHPAD et dans les structures médico-sociales… Les établissements impliqués dans le suivi et le traitement des enfants, des adolescents, des adultes et des aînés bénéficieront de moyens humains, techniques et financiers renforcés.

Les domaines stratégiques de la formation et de la recherche ne seront pas en reste. Outre l’installation de l’Institut de stimulation cérébrale et du centre e-Care, 12 nouveaux postes d’enseignant-chercheur en psychiatrie seront ouverts entre 2022 et 2025. 540 IPA supplémentaires seront également formées sur la période. Pour financer l’intégralité de son plan, le gouvernement prévoit un investissement estimé à 1,9 million d’euros sur cinq ans.

Globalement satisfaits des orientations fixées, les acteurs du secteur attendent la concrétisation des engagements présidentiels. Faute de ressources suffisantes, certains d’entre eux voudraient propulser la santé mentale et la psychiatrie au rang de « grande cause nationale » lors du prochain quinquennat.